La potasse, un atout du Canada pour tenir tête à Donald Trump?
Le président américain a menacé de s’approvisionner ailleurs qu’au Canada, avant de se rétracter..
La potasse est un groupe de minéraux et de produits chimiques principalement utilisés pour fabriquer des engrais. En 2024, le Canada a produit 33 % de la potasse mondiale, devant la Russie (22 %) et la Biélorussie (16 %), selon Ressources naturelles Canada. Cette ressource est essentielle à l’agriculture et à la sécurité alimentaire, car elle permet d’enrichir les sols et d’améliorer les rendements des cultures. Le Canada est ainsi le premier exportateur mondial de potasse, ce qui lui confère une importance géostratégique majeure. Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, plusieurs pays ont réduit leurs importations de potasse en provenance de Russie et de Biélorussie, renforçant encore le rôle clé du Canada dans l’approvisionnement mondial. Les États-Unis, premier partenaire commercial du Canada, ont toujours traité la potasse avec une attention particulière lors des tensions commerciales, soit en l’excluant des sanctions, soit en appliquant des tarifs douaniers très bas.
En début de semaine, le président américain Donald Trump a menacé de réduire la dépendance des États-Unis envers la potasse canadienne en s’approvisionnant auprès de la Biélorussie. Cette déclaration s’inscrit dans une stratégie de négociation typique de Trump, visant à donner l’impression que toutes les options sont sur la table pour faire pression sur le Canada. L’objectif affiché était d’obtenir de la potasse à moindre coût, mais cette approche présentait plusieurs failles. D’abord, le prix des engrais n’est pas principalement influencé par la potasse, mais par d’autres composants comme l’azote, dont une part importante provient d’Iran, un pays en conflit armé. Ensuite, les agriculteurs américains ont rapidement réalisé que cette décision ne leur serait pas bénéfique, car elle aurait pu entraîner des perturbations logistiques et des coûts supplémentaires.
Face à la réaction des agriculteurs américains et aux limites logistiques de son plan, Donald Trump a rapidement retiré ses menaces. Les agriculteurs ont fait savoir que l’approvisionnement en potasse depuis la Biélorussie ne répondrait pas à leurs besoins, car les exportations canadiennes arrivent facilement aux États-Unis par train, tandis qu’un approvisionnement depuis l’Europe de l’Est nécessiterait des trajets maritimes complexes et coûteux. De plus, Trump a confondu la potasse avec d’autres composants des engrais, ce qui a révélé une méconnaissance des réalités du marché. Cette volte-face illustre la volatilité des décisions de Trump, qui alterne entre menaces et rétractations, un comportement que les observateurs commencent à anticiper.
La Saskatchewan est la seule province canadienne à produire de la potasse, avec des exportations vers les États-Unis s’élevant à plus de 4 milliards de dollars en 2024. Les habitants de cette province n’ont pas été surpris par les déclarations de Trump, car ils connaissent bien les rouages du marché et la dépendance des États-Unis envers leur ressource. Les experts locaux estiment que les Américains ne peuvent pas se passer facilement de la potasse canadienne, tant pour des raisons économiques que logistiques. Cette situation a aussi renforcé la résilience des Saskatchewanais face aux fluctuations politiques, habitués aux déclarations impulsives de Trump, qui sont souvent suivies de changements d’avis.
L’incident a mis en lumière l’importance de la potasse canadienne pour les États-Unis, non seulement pour son prix, mais aussi pour sa fiabilité et sa facilité d’accès. Certains pourraient imaginer que le Canada pourrait utiliser cette ressource comme levier dans les négociations commerciales avec les États-Unis. Cependant, selon Devan Mescall, professeur à l’Université de la Saskatchewan, cette stratégie n’aurait pas de réel impact économique sur les États-Unis. Refuser d’exporter de la potasse vers les États-Unis ne pénaliserait pas significativement l’économie américaine, mais se retournerait contre le Canada lui-même, en privant son économie d’un secteur stratégique. La potasse reste donc un atout, mais son utilisation comme outil de pression semble limitée.

