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Maintenant 58 voies rapides vers le métier d’enseignant : « un changement majeur ­»

ICI Radio-Canada · mis à jour 8 sept.

Depuis 2022, Québec a donné un coup de barre majeur pour diversifier les voies d’accès à la profession..

Nouveaux programmes courts

Depuis 2022, le gouvernement du Québec a mis en place 58 nouveaux programmes courts pour faciliter l’accès à la profession enseignante. Ces programmes s’ajoutent aux 7 créés entre 2018 et 2022, marquant un changement majeur dans la formation des enseignants. Parmi ces 58 programmes, on trouve 21 diplômes d’études supérieures spécialisées (DESS) de 30 crédits, conçus pour les enseignants déjà en poste mais sans formation initiale en pédagogie. Les 37 autres sont des maîtrises qualifiantes de 45 crédits, destinées aux détenteurs d’un baccalauréat dans une discipline autre que l’enseignement, comme les mathématiques ou la littérature. Ces maîtrises ont été réduites de 60 à 45 crédits pour les rendre plus accessibles. Ces programmes visent à répondre à la pénurie d’enseignants qualifiés au Québec, où près de 1 000 postes restent vacants à la rentrée scolaire et où plus de 10 000 enseignants ne sont pas légalement qualifiés.

Origine et acteurs

L’initiative de ces nouveaux programmes courts a été lancée en 2023 par Bernard Drainville, alors ministre de l’Éducation sous la Coalition avenir Québec (CAQ). Huit universités, dont l’UQAM, ont participé à leur développement pour diversifier les voies d’accès à l’enseignement. L’objectif était de permettre à des personnes déjà titulaires d’un baccalauréat dans un autre domaine d’accéder rapidement à la profession enseignante. Depuis leur mise en place, 830 personnes inscrites à un DESS ont obtenu une autorisation provisoire d’enseigner, dont 126 ont obtenu un permis probatoire et 7 un brevet d’enseignement. Ces chiffres montrent que ces programmes commencent à produire des résultats, bien que le ministère de l’Éducation (MEQ) souligne que leur plein impact se fera sentir dans les années à venir.

Fin d'un consensus historique

Avant ces changements, le Québec avait un modèle bien établi pour former les enseignants, basé sur le baccalauréat en enseignement de quatre ans, instauré lors de la réforme de la professionnalisation de l’enseignement dans les années 1990. Ce modèle était largement consensuel et garantissait une formation uniforme et rigoureuse. Cependant, la crise de pénurie d’enseignants a poussé le gouvernement à diversifier les parcours, ce qui a fait éclater ce consensus. Anabelle Viau-Guay, présidente de l’Association des doyens et directeurs pour l’étude et la recherche en éducation au Québec (ADÉREQ), souligne que les règles du jeu ont changé de manière importante, passant d’un système très encadré à un système plus ouvert. Elle insiste sur la nécessité de s’assurer que ces nouveaux programmes offrent une formation de qualité équivalente au baccalauréat traditionnel.

Réactions des syndicats

Les syndicats d’enseignants, comme la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) et la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), expriment des réserves sur ces nouvelles voies d’accès. Richard Bergevin, président de la FSE-CSQ, estime que ces programmes devraient rester temporaires et que la crise de pénurie ne justifie pas de rendre ces mesures permanentes. Il craint que cela ne dévalorise la profession et ne réduise la qualité de l’enseignement. Annie-Christine Tardif, vice-présidente à la vie professionnelle de la FAE, partage ces inquiétudes et craint que ces programmes ne favorisent une rotation rapide des enseignants, aggravant ainsi la pénurie. Elle critique aussi le fait que ces programmes sont entièrement financés par le gouvernement, contrairement aux autres formations, ce qui crée une iniquité. Les syndicats soulignent également que des programmes de baccalauréat en enseignement ont été suspendus, comme à l’UQAT, en raison d’un manque d’inscriptions, signe selon eux d’une dévalorisation de ces formations.

Réponse du gouvernement

Le gouvernement, représenté par la ministre de l’Éducation Sonia LeBel, défend ces nouvelles voies d’accès comme une solution nécessaire pour attirer davantage de personnes vers la profession enseignante. Le cabinet de la ministre souligne que les inscriptions aux programmes de formation en enseignement ont augmenté de 7,3 % entre 2024-2025 et 2025-2026, dont 5,9 % pour le baccalauréat traditionnel. Il rejette l’idée que ces programmes soient des voies de contournement, affirmant qu’ils permettent à des personnes compétentes d’accéder à la profession tout en maintenant des exigences élevées. Le gouvernement met également en avant des mesures complémentaires, comme la formation continue obligatoire de 30 heures pour tous les enseignants et une augmentation significative des salaires, pour améliorer la rétention des enseignants et la qualité de l’enseignement.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les efforts du gouvernement, des questions persistent sur l’efficacité à long terme de ces programmes courts. Anabelle Viau-Guay de l’ADÉREQ note que le statut d’enseignant qualifié est accordé rapidement, ce qui peut masquer la réalité de la pénurie et des besoins réels en formation. Richard Bergevin, de la FSE-CSQ, insiste sur l’importance d’améliorer les mesures d’insertion professionnelle pour retenir les enseignants, quel que soit leur parcours. Le MEQ reconnaît que ces programmes ne sont qu’une partie de la solution et que leur plein effet se fera sentir dans les années à venir. Enfin, deux études récentes citées par les syndicats indiquent que les formations courtes ne résolvent pas nécessairement la pénurie d’enseignants, soulignant la complexité du problème et la nécessité d’une approche globale.

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