Nietzsche était-il homosexuel ? La question ouverte qui permet de relire sa vie et son œuvre
En 1908, le psychanalyste **Sigmund Freud** évoque, lors de ses réunions du mercredi, l’hypothèse d’une homosexualité refoulée chez le philosophe allemand **Friedrich Nietzsche**. Cette idée s’appuie sur des récits comme celui de **Paul Federn**, qui affirme que Nietzsche aurait contracté la syphilis dans un bordel homosexuel de Gênes, une anecdote également rapportée par **Carl Jung**. Freud conclut qu’une « certaine anormalité sexuelle est évidente » chez Nietzsche, suggérant même qu’un chapitre sur sa sexualité aurait pu être écrit dans *Ecce homo*, son autobiographie posthume. Dans une lettre de 1934, Freud revient sur cette hypothèse en ces termes : « Est-ce vrai ? Qui sait ? » Il souligne que la constitution sexuelle de Nietzsche reste une énigme totale.
En 1908, le psychanalyste Sigmund Freud évoque, lors de ses réunions du mercredi, l’hypothèse d’une homosexualité refoulée chez le philosophe allemand Friedrich Nietzsche. Cette idée s’appuie sur des récits comme celui de Paul Federn, qui affirme que Nietzsche aurait contracté la syphilis dans un bordel homosexuel de Gênes, une anecdote également rapportée par Carl Jung. Freud conclut qu’une « certaine anormalité sexuelle est évidente » chez Nietzsche, suggérant même qu’un chapitre sur sa sexualité aurait pu être écrit dans Ecce homo, son autobiographie posthume. Dans une lettre de 1934, Freud revient sur cette hypothèse en ces termes : « Est-ce vrai ? Qui sait ? » Il souligne que la constitution sexuelle de Nietzsche reste une énigme totale.
En 1917, Wilhelm Stekel, un disciple de Freud, publie un article analysant la « composante homosexuelle inconsciente » chez Nietzsche. Il y explore les « masques de l’homosexualité » dans la vie amoureuse du philosophe. Cette approche psychanalytique vise à éclairer des aspects de sa pensée et de son comportement. Plus tard, dans les années 1980, des chercheurs comme Günter Schulte (1982) et Joachim Köhler (1989) relancent le débat avec des interprétations plus radicales, comme celle d’une « philosophie de la féminité refoulée de l’homme » pour Schulte. Köhler, dans Le Secret de Zarathustra, propose une lecture de Nietzsche à travers le prisme de son orientation sexuelle supposée.
La question de l’homosexualité de Nietzsche, bien que souvent évoquée, n’a pas de réponse définitive. Certains débats des années 1980 ont été vifs, mais déterminer son orientation sexuelle n’a pas d’intérêt scientifique en soi. Ce qui compte, c’est l’angle sous lequel cette hypothèse permet de relire son œuvre et sa vie. Elle offre un éclairage inattendu sur ses idées concernant l’amour, l’amitié, la sexualité et le désir. Comme le souligne Köhler, cette question, si elle reste ouverte, devient un outil intellectuel pour comprendre des aspects méconnus de sa pensée.
Le compositeur Richard Wagner, proche de Nietzsche avant leur brouille, évoque dans une correspondance la santé fragile du philosophe. Il attribue ses symptômes à la masturbation, un terme souvent utilisé au XIXe siècle comme euphémisme pour désigner l’homosexualité. Pour Joachim Köhler, cette accusation cache une insinuation plus large : Wagner voyait en Nietzsche une personne incapable d’avoir des relations hétérosexuelles normales. Nietzsche lui-même se plaindra que Wagner ait propagé des rumeurs sur ses « perversions contre nature », évoquant explicitement la pédérastie. Cette anecdote illustre les préjugés de l’époque envers les hommes perçus comme « différents ».
L’hypothèse de l’homosexualité de Nietzsche, bien que non vérifiable, sert de clé de lecture pour explorer des thèmes comme l’isolement, la maladie et la création philosophique. Elle permet de questionner son rapport au corps, à la souffrance et à la transgression des normes sociales. Certains chercheurs y voient aussi une explication à son rejet des conventions bourgeoises de son époque. Cette approche montre comment une question biographique peut éclairer des aspects profonds de son œuvre, sans prétendre trancher définitivement. Elle invite à une lecture plus nuancée de sa pensée, loin des clichés.

