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Cloud souverain : et si le mythe devenait enfin réalité ?

Maddyness · mis à jour il y a 25 j

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Dépendance européenne

En 2025, trois entreprises américaines, AWS, Microsoft Azure et Google Cloud, dominent 70 % du marché européen des infrastructures cloud. Ces acteurs, appelés hyperscalers, sont des fournisseurs de services informatiques à très grande échelle, capables de stocker et traiter d’énormes volumes de données. En parallèle, les fournisseurs européens ne représentent plus que 15 % de leur propre marché, contre 25 % en 2017. Cette situation illustre une dépendance croissante de l’Europe envers des infrastructures numériques étrangères, notamment américaines. Le terme cloud désigne ici des serveurs distants accessibles via internet, utilisés pour héberger des données et des applications. La souveraineté numérique vise à réduire cette dépendance en développant des alternatives locales pour protéger les données stratégiques.

Échec du tout ou rien

Pendant plus de dix ans, le débat sur la souveraineté numérique a été présenté comme un choix radical : soit migrer l’intégralité des systèmes vers des solutions européennes, soit rester dépendant des hyperscalers américains. Cette approche tout ou rien s’est révélée inefficace. Les entreprises ont été freinées par des obstacles majeurs : le coût élevé des migrations, les risques de perturbation des activités, les dépendances entre applications et la nécessité de garantir la continuité des services. En voulant tout souverainiser, l’Europe a souvent échoué à concrétiser des projets concrets, car ces migrations complètes sont complexes et coûteuses à mettre en œuvre.

Souveraineté ciblée

La souveraineté numérique ne doit plus être envisagée comme un projet global, mais comme une démarche progressive et ciblée. Toutes les données n’ont pas la même importance stratégique. Par exemple, une entreprise peut accepter que ses outils de collaboration ou ses applications métiers reposent sur des infrastructures internationales, tout en protégeant strictement ses données sensibles comme celles liées à la recherche et développement, aux finances, aux ressources humaines ou à la propriété intellectuelle. Cette approche permet de prioriser les investissements et de réduire les risques sans imposer une migration massive et coûteuse. Elle repose sur l’idée que la protection des données doit être adaptée à leur niveau de criticité.

IA comme levier

L’intelligence artificielle (IA) pourrait devenir un accélérateur de souveraineté numérique. Longtemps perçue comme un facteur de dépendance technologique, elle permet désormais d’identifier et de classer plus efficacement les données critiques. Les nouvelles générations d’outils d’analyse et de classification aident les entreprises à cartographier les flux d’information et à comprendre les dépendances entre leurs systèmes. Par exemple, ces outils peuvent repérer rapidement quelles données circulent entre quelles applications et où elles sont stockées. Ce travail, autrefois long et coûteux, devient plus accessible et précis grâce à l’IA, facilitant ainsi la mise en place de mesures de protection ciblées.

Stratégie industrielle

L’Europe passe d’une approche principalement réglementaire à une stratégie industrielle pour renforcer sa souveraineté numérique. Pendant des années, les réglementations comme le RGPD (Règlement général sur la protection des données) ou les certifications ont encadré les acteurs dominants, mais n’ont pas suffi à créer des alternatives compétitives. Désormais, l’Union européenne mise sur des investissements massifs pour développer des infrastructures cloud et des centres de données locaux. Le projet Cloud and AI Development Act vise à multiplier par trois la capacité des centres de données européens d’ici cinq à sept ans, afin de répondre aux besoins croissants liés au cloud et à l’IA. L’objectif est de favoriser l’émergence d’acteurs européens capables de rivaliser sur des segments stratégiques du marché.

Exemple concret français

Un exemple récent illustre cette évolution : la Plateforme des données de santé, une infrastructure numérique sensible de l’État français, a été transférée de Microsoft Azure vers Scaleway, un fournisseur européen. Cette décision envoie un signal fort : des alternatives européennes sont désormais capables d’héberger des données critiques à grande échelle. Scaleway est un acteur du cloud basé en France, membre de l’écosystème européen. Ce transfert montre que des solutions locales peuvent répondre aux exigences de sécurité et de performance, même pour des projets stratégiques. Il marque une étape importante dans la concrétisation de la souveraineté numérique en Europe.

Ce que ça pourrait changer

Le cloud souverain ne deviendra probablement jamais une solution universelle, mais un modèle plus pragmatique est en train de s’imposer. Ce modèle repose sur une souveraineté ciblée, concentrée sur les données les plus sensibles, facilitée par l’IA et soutenue par un écosystème européen plus mature. Plutôt que de chercher à remplacer les hyperscalers américains, l’Europe mise sur des solutions hybrides : certaines données restent protégées localement, tandis que d’autres peuvent être hébergées à l’étranger. Cette approche permet de concilier sécurité, performance et coût, tout en réduisant progressivement la dépendance aux acteurs étrangers. Si cette stratégie s’impose, le cloud souverain pourrait enfin cesser d’être un mythe pour devenir une réalité tangible.

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