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Géopolitique

Pour une souveraineté technologique sélective

Le Grand Continent · mis à jour il y a 3 j

Entre l’illusion d’une souveraineté technologique totale et la résignation à une vassalisation brutale, l’Europe doit inventer une troisième voie dans la course à l’IA L’article Pour une souveraineté technologique sélective est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Crise de dépendance technologique

En juin 2026, les États-Unis ont restreint l’accès des entreprises européennes à l’IA avancée d’Anthropic, révélant la vulnérabilité de l’Europe face à une dépendance technologique jugée excessive. Cette décision de l’administration Trump a bloqué l’utilisation d’un outil clé pour de nombreuses entreprises européennes, illustrant le coût d’une souveraineté technologique incomplète. L’incident a mis en lumière l’urgence pour l’Europe de réduire sa dépendance, notamment dans des secteurs stratégiques comme l’intelligence artificielle, où les États-Unis et la Chine dominent les technologies de pointe. L’accès aux outils a finalement été rétabli, mais l’épisode a confirmé que les partenariats technologiques internationaux ne sont pas toujours fiables.

Souveraineté sélective nécessaire

L’Europe ne peut pas viser une souveraineté technologique totale, car cela impliquerait de contrôler l’ensemble de la stack technologique, c’est-à-dire toutes les couches nécessaires au fonctionnement de l’IA, des semi-conducteurs aux centres de données. Une telle ambition exigerait des ressources énergétiques massives, une maîtrise des chaînes d’approvisionnement mondiales et un accès aux terres rares, ce qui est matériellement impossible. L’objectif réaliste est donc une souveraineté sélective : identifier les technologies critiques à maîtriser, celles à réduire, et celles à gérer stratégiquement. Cette approche permet de concilier compétitivité, sécurité et respect des valeurs européennes, sans chercher à tout contrôler.

Course technologique mondiale

Les États-Unis et la Chine dominent la course à l’IA, contrôlant la plupart des couches de la stack technologique, des modèles d’IA aux infrastructures cloud en passant par les semi-conducteurs. L’Europe, en retard, est vulnérable face à cette concurrence. Par exemple, ASML, une entreprise néerlandaise, fabrique des machines de lithographie essentielles pour produire des puces haut de gamme, mais l’écart avec les leaders mondiaux reste important. En 2025, les États-Unis ont renforcé leurs contrôles à l’exportation pour empêcher la Chine d’accéder aux puces les plus avancées, tandis que Pékin a utilisé sa domination sur les terres rares pour négocier un assouplissement de ces restrictions.

Évolution des priorités européennes

L’idée d’autonomie stratégique en matière technologique n’est pas nouvelle en Europe, mais elle a gagné en importance ces dernières années. En 2017, la France a été pionnière en promouvant cette vision, mais elle était alors perçue comme une position isolée. Aujourd’hui, cette ambition est partagée par tous les dirigeants européens. En février 2025, lors du Sommet pour l’action sur l’IA à Paris, Emmanuel Macron a souligné l’urgence de cette souveraineté, sans avoir besoin de convaincre ses homologues. Cette prise de conscience s’explique par l’escalade des tensions commerciales, la détérioration des relations transatlantiques et la guerre en Ukraine, qui a poussé l’Europe à reconstruire ses capacités militaires et technologiques.

Rôle clé du rapport Draghi

En septembre 2024, le rapport Draghi sur la compétitivité européenne a marqué un tournant en plaçant la souveraineté technologique au cœur des priorités politiques. Mario Draghi y a souligné que la prospérité économique et la sécurité nationale dépendent d’un secteur technologique fort. Ce rapport a montré que l’Europe ne peut plus se contenter d’être un simple arbitre dans les conflits technologiques mondiaux, mais doit devenir un acteur à part entière. L’urgence est d’autant plus grande que la course à l’IA s’accélère, rendant cette souveraineté indispensable pour protéger l’économie, la démocratie et la sécurité du continent.

Ce que ça pourrait changer

Aucun pays ne maîtrise entièrement la chaîne d’approvisionnement de l’IA. Par exemple, la Chine dépend des semi-conducteurs étrangers pour fabriquer ses puces, tandis que les États-Unis limitent l’accès à leurs technologies les plus avancées pour préserver leur avance. Les puces illustrent cette interdépendance : les États-Unis conçoivent les architectures, Taïwan les fabrique, les Pays-Bas fournissent certains équipements, le Japon produit des composants chimiques, la Corée fabrique des mémoires, et la Chine contrôle l’accès aux terres rares. Cette répartition des rôles montre que la souveraineté technologique totale est une illusion, d’où la nécessité d’une approche sélective.

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