Les bornes de New York, encombrant héritage urbain du 11 Septembre
Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, le “New York Times” observe comment la peur du terrorisme a imprégné l’espace urbain, à travers l’omniprésence de ces objets que l’on peine parfois à nommer. “Rétractables, rigides, banales, décorées, épaisses ou minces”, ces bornes aux formes diverses, dont l’unique fonction est de protéger trottoirs et bâtiments des voitures béliers ou piégées, se sont inscrites dans le paysage et ont depuis été “assimilées par la nature urbaine”..
Les bornes ou bollards en anglais sont des poteaux métalliques installés dans l'espace public. Leur apparition massive à New York est directement liée aux attentats du 11 septembre 2001. Après ces événements tragiques, la peur du terrorisme a conduit les autorités à renforcer la sécurité des espaces urbains. Ces bornes, autrefois discrètes ou absentes, sont devenues omniprésentes dans les rues de New York et dans d'autres villes américaines. Leur fonction principale est de protéger les bâtiments et les piétons en empêchant les véhicules de s'approcher trop près ou de servir d'armes. Elles symbolisent ainsi la priorité accordée à la sécurité après le 11 septembre, une période où la menace terroriste était perçue comme une urgence majeure. Leur installation s'inscrit dans une tendance plus large de durcissement des espaces publics, avec l'ajout de caméras de surveillance, de points de contrôle et de barrières métalliques.
Les bornes sont conçues pour remplir une mission précise : empêcher l'utilisation de véhicules comme armes, notamment dans des attaques à la voiture-bélier. Leur rôle est de servir de barrière physique pour protéger les piétons et les bâtiments. Par exemple, en 2017, une attaque à Times Square a été stoppée par une rangée de bornes en acier, évitant ainsi que des dizaines de piétons ne soient blessés ou tués. Leur présence est donc justifiée par des événements concrets, où elles ont prouvé leur utilité. Cependant, leur utilité va au-delà de la simple protection : elles incarnent aussi une réponse symbolique à la menace terroriste. Leur design varie : certaines sont rétractables, d'autres rigides, décorées ou banales, mais toutes partagent une même mission : dire non à une intrusion non souhaitée dans l'espace public. Leur présence constante rappelle que la menace terroriste, bien que moins médiatisée aujourd'hui, reste une préoccupation majeure pour les autorités.
L'installation massive de bornes a profondément transformé l'espace urbain new-yorkais. Elles encombrent les trottoirs étroits, réduisant l'espace disponible pour les piétons. Ce problème est particulièrement marqué pour les personnes à mobilité réduite, comme celles circulant en fauteuil roulant ou utilisant une canne, pour qui ces obstacles peuvent rendre la circulation plus difficile. Malgré leur rôle protecteur, les bornes sont souvent perçues comme des éléments intrusifs dans le paysage urbain. Leur présence permanente, autrefois justifiée par l'urgence de la menace terroriste, est désormais intégrée dans le quotidien de la ville. Elles sont devenues une partie indissociable du mobilier urbain, au point d'être parfois utilisées de manière inattendue : certaines servent de support à des affiches publicitaires, d'autres à des objets abandonnés comme des canettes ou des parts de pizza. Leur fonction utilitaire dépasse ainsi largement leur rôle initial de protection.
Les bornes incarnent un paradoxe urbain : elles sont à la fois des gardiennes de la sécurité et des éléments encombrants du paysage. Leur message est clair : non à une intrusion non souhaitée, pas si vite pour les véhicules, et c'est notre ville à nous aussi. Pourtant, leur présence constante peut sembler oppressante, comme si la ville devait constamment se protéger d'une menace invisible. Ce paradoxe est souligné par le New York Times, qui imagine un dialogue entre la ville et les bornes, où ces dernières répondraient avec un message brutal : n'oubliez pas, nous sommes là pour votre bien. La ville, quant à elle, pourrait soupirer : bon, mais vous pouvez me tenir ça, s'il vous plaît ?. Cette tension entre protection et liberté illustre les défis posés par la sécurisation des espaces publics après le 11 septembre. Les bornes, autrefois symboles d'une urgence passée, sont désormais des éléments banals de la vie quotidienne, absorbés par la ville et ses habitants.
Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre, les bornes sont devenues une partie intégrante du paysage urbain new-yorkais. Leur présence, autrefois justifiée par une menace terroriste immédiate, est désormais normalisée. Elles sont même devenues un sujet de curiosité, comme en témoigne l'existence du compte *The World Bollard Association* sur X (anciennement Twitter), qui recense et partage des images de bornes du monde entier. Certaines bornes sont même devenues des cibles involontaires de conducteurs, comme le montre la page du compte qui documente leurs collisions. Leur intégration dans la vie quotidienne est telle que leur rôle initial de protection est parfois oublié, au profit d'une utilisation plus prosaïque. Elles sont désormais perçues comme des éléments du mobilier urbain, au même titre que les bancs ou les lampadaires. Leur héritage, bien que né d'une tragédie, est devenu un élément banal et familier de la ville de New York.

