Des cellules provenant de votre mère pourraient bien rester dans votre cerveau toute votre vie
Lors du développement in utero, des cellules de la mère peuvent traverser le placenta et s'installer durablement dans le cerveau de l'enfant. Elles y restent parfois pendant des décennies..
Des chercheurs ont découvert que des cellules provenant de la mère peuvent persister dans le cerveau de l’enfant toute sa vie. Cette étude, publiée dans la revue Cell Reports, révèle que ces cellules, appelées microchimérisme maternel, ne sont pas éliminées par le système immunitaire de l’enfant après la naissance. Le terme microchimérisme désigne la présence de cellules génétiquement distinctes dans un organisme, ici des cellules maternelles dans le cerveau de l’enfant. Les scientifiques ont analysé des échantillons de cerveau post-mortem de 59 femmes âgées en moyenne de 70 ans et ont trouvé des cellules maternelles dans 63 % des cas. Cette proportion montre que ce phénomène n’est pas rare, mais bien répandu.
Les cellules maternelles présentes dans le cerveau de l’enfant proviennent probablement du placenta pendant la grossesse. Pendant la gestation, des cellules de la mère traversent le placenta et pénètrent dans le corps du fœtus. Ces cellules, bien que génétiquement différentes, ne sont pas rejetées par le système immunitaire du fœtus, contrairement à ce que l’on pourrait attendre. Les chercheurs pensent que ce phénomène pourrait être lié à un mécanisme d’immunotolérance, où le système immunitaire de l’enfant apprend à tolérer ces cellules étrangères. Cette tolérance pourrait persister toute la vie, expliquant leur présence à l’âge adulte.
Les cellules maternelles identifiées dans le cerveau sont principalement des cellules gliales, un type de cellule non neuronale qui soutient et protège les neurones. Ces cellules jouent un rôle clé dans le fonctionnement du cerveau, comme la régulation de l’inflammation ou la réparation des tissus. Les chercheurs ont observé que ces cellules maternelles étaient plus fréquentes dans certaines régions du cerveau, comme l’hippocampe, une zone importante pour la mémoire et l’apprentissage. Leur présence pourrait influencer le développement et le fonctionnement du cerveau, bien que les mécanismes exacts restent à élucider.
Cette découverte pourrait avoir des implications importantes pour la compréhension de certaines maladies neurologiques. Par exemple, des études antérieures ont suggéré un lien entre le microchimérisme maternel et des troubles comme la maladie d’Alzheimer ou l’autisme. Les chercheurs soulignent que ces cellules pourraient soit protéger le cerveau, soit contribuer à son dysfonctionnement, selon leur localisation et leur activité. Cependant, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre le rôle exact de ces cellules dans la santé et la maladie.
Les scientifiques envisagent désormais d’étudier plus en détail le rôle de ces cellules maternelles dans le cerveau. Une piste de recherche consiste à analyser leur activité génétique pour comprendre comment elles interagissent avec les cellules du cerveau de l’enfant. Une autre approche serait d’étudier si ces cellules peuvent être utilisées à des fins thérapeutiques, par exemple pour réparer des lésions cérébrales. Cette étude ouvre donc de nouvelles perspectives pour la médecine régénérative et la compréhension des mécanismes cérébraux. Les chercheurs espèrent que ces travaux permettront de mieux comprendre les interactions entre la mère et l’enfant, même après la naissance.

