«Das klagende Lied», pour la rareté
Le concert d’ouverture de l’OSM a eu le mérite de programmer une œuvre rare de Mahler..
L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) a ouvert sa 93ᵉ saison avec Das klagende Lied, une œuvre méconnue de Gustav Mahler composée entre 1880 et 1898. Cette partition, écrite alors que Mahler avait entre 18 et 20 ans, est considérée comme une matrice de ses futures symphonies, notamment la Symphonie n°1, la n°2 et la n°3. Le concert mettait en lumière cette œuvre de jeunesse, rarement jouée, qui mêle drame musical, chœur et orchestre. L’OSM, fondé en 1934, est l’un des orchestres symphoniques les plus prestigieux du Canada, basé à Montréal. Le concert a eu lieu le 16 septembre 2026 à 20h, avec une reprise le lendemain. L’événement s’inscrivait dans une volonté de valoriser les partitions rares du répertoire classique.
Das klagende Lied (littéralement Chant de plainte ou Chant d’accusation en allemand) est un drame musical en trois parties : Conte de la forêt (Waldmärchen), Le Ménestrel (Der Spielmann) et Scène de noces (Hochzeitsstück). La première partie, Waldmärchen, expose l’intrigue et révèle le génie brut de Mahler, avec des éléments comme un fratricide en sous-bois, une flûte taillée dans un os et l’effondrement d’un château. Les deux autres parties, révisées en 1898, adoptent un style plus mature, avec des voix adultes remplaçant les enfants solistes. L’œuvre s’inspire du romantisme allemand, notamment de Richard Wagner, avec des leitmotive obsessionnels comme la fleur ou le cri Leide, weh !. Mahler y exprime une violence primitive et des contrastes saisissants, entre douceur et terreur.
Le chef d’orchestre Rafael Payare a dirigé l’OSM pour ce concert. Son interprétation a été critiquée pour avoir adouci la violence originelle de l’œuvre, notamment dans Waldmärchen, où Mahler utilise des failles tectoniques (des ruptures brutales) plutôt que des transitions fluides. Payare a souvent privilégié des décélérations polies au lieu de maintenir l’intensité dramatique, comme dans l’affaissement de la dernière minute de Der Spielmann. Le chœur, dirigé par Simon Rivard, a également été pointé pour son manque de dynamisme, avec des passages allant d’un pianissimo (très doux) à un fortissimo (très fort) sans nuances intermédiaires. Malgré ces réserves, le public a été captivé par l’impact dramatique de l’œuvre.
La distribution vocale comprenait quatre solistes principaux : Miah Persson (soprano), Rose Naggar-Tremblay (contralto), Clay Hilley (ténor) et Matthias Goerne (baryton). Rose Naggar-Tremblay et Clay Hilley ont été salués pour leur justesse et leur aplomb, tandis que Miah Persson a été critiquée pour son manque de puissance dans les passages exigeants de la troisième partie, nécessitant une voix strausso-wagnérienne (inspirée de Richard Strauss et Wagner). Matthias Goerne, bien que moins sollicité dans Das klagende Lied, a interprété l’intégralité des extraits de Des Knaben Wunderhorn (une autre œuvre de Mahler), ce qui a été jugé inapproprié. Sa voix, autrefois puissante, était désormais confinée dans un registre bas-médium, avec un manque d’éclat notable dans des pièces comme Revelge ou Urlicht.
Le concert a également inclus des extraits de Des Knaben Wunderhorn (Le cor enchanté de l’enfant), une œuvre vocale de Mahler composée entre 1892 et 1899. Parmi ces extraits figuraient Rheinlegendchen (Petite légende du Rhin), Wo die schönen Trompeten blasen (Où sonnent les belles trompettes), Das irdische Leben (La vie terrestre), Urlicht (Lumière originelle), Revelge (Appel d’éveil) et Der Tamboursg’sell (Le petit joueur de tambour). Ces pièces, souvent interprétées en récital, ont été jouées ici avec l’orchestre, ce qui a mis en lumière les limites vocales de Matthias Goerne, notamment dans Urlicht, où son interprétation a manqué de puissance et d’autorité.
Malgré les critiques sur la direction et les limites vocales, le concert a été salué pour son audace et son ambition, offrant au public l’opportunité d’entendre une œuvre rare et fondatrice de Mahler. L’OSM a utilisé la fosse d’orchestre de manière innovante en y plaçant la fanfare, une idée jugée lumineuse. Le concert s’inscrivait dans une volonté de redécouverte du répertoire mahlerien, avec une attention particulière portée aux partitions de jeunesse du compositeur. Gustav Mahler, né en 1860 et mort en 1911, est l’un des compositeurs les plus influents de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, connu pour ses symphonies monumentales et ses lieder (chants).

