Ce ver n'a ni bouche ni intestin mais se nourrit pourtant de plastique depuis des centaines de millions d’années - une solution écologique ?
Concevoir des matières qui se décomposent seules dans la nature reste un casse-tête pour les industriels. Or ces matières existent déjà autour de nous, et nul n'imaginait qu'un animal puisse s'en nourrir.
Un ver marin appelé Paralvinella grasslei possède une particularité biologique unique : il n’a ni bouche ni intestin, ce qui le rend incapable de digérer des aliments de manière classique. Pourtant, des scientifiques ont découvert qu’il parvient à se nourrir de plastique depuis des centaines de millions d’années. Ce ver, qui vit dans les profondeurs océaniques près des sources hydrothermales, utilise une méthode de nutrition alternative basée sur des bactéries symbiotiques présentes sur sa peau. Ces bactéries, capables de dégrader le plastique, transforment les molécules de plastique en nutriments assimilables par le ver. Cette découverte remet en question les connaissances traditionnelles sur la digestion et ouvre des pistes pour comprendre comment certains organismes s’adaptent à des environnements extrêmes ou pollués.
Le plastique, matériau synthétique produit massivement depuis le XXe siècle, existe pourtant depuis des centaines de millions d’années dans la nature sous forme de polymères naturels. Le ver Paralvinella grasslei a développé la capacité de se nourrir de plastique bien avant l’ère industrielle, grâce à l’évolution de bactéries spécialisées. Ces bactéries, présentes sur sa cuticule, sécrètent des enzymes capables de casser les liaisons chimiques des polymères plastiques, comme le polyéthylène ou le polystyrène, pour en extraire de l’énergie. Cette symbiose entre le ver et les bactéries illustre un mécanisme de survie remarquable, où deux organismes distincts collaborent pour exploiter une ressource autrement inaccessible.
La relation entre le ver et les bactéries est un exemple de symbiose, un phénomène où deux espèces vivent en étroite collaboration, chacune y trouvant un avantage. Dans ce cas, les bactéries bénéficient d’un habitat protégé sur la peau du ver, tandis que ce dernier obtient des nutriments issus de la dégradation du plastique par les enzymes bactériennes. Les scientifiques estiment que cette symbiose pourrait être exploitée pour développer des solutions de bioremédiation, c’est-à-dire des méthodes naturelles pour dépolluer les environnements contaminés par le plastique. Des études en laboratoire ont montré que ces bactéries peuvent dégrader certains types de plastique en quelques semaines, un processus bien plus rapide que les méthodes chimiques ou mécaniques actuelles.
La découverte de ce ver et de ses bactéries associées pourrait révolutionner la lutte contre la pollution plastique, un enjeu environnemental majeur. Chaque année, des millions de tonnes de plastique sont rejetées dans les océans, où elles mettent des centaines d’années à se dégrader naturellement. Les méthodes traditionnelles de recyclage ou d’élimination sont coûteuses et souvent inefficaces pour certains types de plastique. En s’inspirant de ce mécanisme naturel, les chercheurs envisagent de créer des systèmes de filtration ou des biofiltres utilisant ces bactéries pour décomposer le plastique en milieu contrôlé. Cette approche, encore au stade expérimental, pourrait offrir une solution durable et peu coûteuse pour réduire la pollution plastique à grande échelle.
Malgré son potentiel, cette solution écologique présente plusieurs défis majeurs. D’abord, les bactéries identifiées ne dégradent que certains types de plastique, comme le polyéthylène, et leur efficacité varie selon les conditions environnementales (température, pH, etc.). Ensuite, la mise en œuvre à grande échelle nécessiterait des infrastructures adaptées pour cultiver et déployer ces bactéries dans des environnements pollués, ce qui pose des questions logistiques et économiques. Enfin, des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer les risques écologiques potentiels, comme la prolifération incontrôlée de ces bactéries ou leur impact sur d’autres organismes marins. Les chercheurs soulignent que cette solution ne doit pas servir de prétexte pour augmenter la production de plastique, mais plutôt comme un complément aux efforts de réduction et de recyclage.

