Katharina Pistor philosophe pour dompter le capitalisme
PENSEURS DE DEMAIN (2/7). Face aux bouleversements qui secouent la planète, “Die Zeit” mise sur sept intellectuels “des plus prometteurs” pour éclairer le chemin.
Katharina Pistor est une juriste allemande spécialisée en droit comparé, professeure à l’université Columbia aux États-Unis. Elle est reconnue pour ses travaux sur les liens entre droit et capitalisme. Selon l’article, elle est présentée comme l’une des sept intellectuels les plus prometteurs par le média allemand Die Zeit dans une série estivale intitulée Penseurs de demain. Son approche repose sur l’idée que le droit, souvent perçu comme un outil neutre, peut en réalité servir ou renforcer les dynamiques du capitalisme, parfois au détriment de l’intérêt général. Elle propose une réflexion pour repenser le droit afin de mieux concilier intérêts privés et bien commun.
L’article explique que le capitalisme actuel ne se limite pas à un système économique, mais s’appuie fortement sur le droit, notamment le droit privé comme le droit des contrats. Katharina Pistor souligne que ce système juridique permet aux intérêts privés d’accaparer des biens communs (nature, ressources, etc.) au nom de la légalité, souvent avec l’aval de l’État. Par exemple, des entreprises exploitent des failles juridiques pour s’approprier des ressources naturelles ou des données, au détriment de la collectivité. Sans un État de droit efficace, capable de protéger l’intérêt général, la démocratie elle-même est menacée, car les gouvernements peinent à s’opposer à ces dynamiques.
Katharina Pistor insiste sur le rôle central du droit dans la préservation de la démocratie. Selon elle, le droit privé, tel qu’il est actuellement conçu, favorise souvent les intérêts privés au détriment du bien commun. Elle explique que sans un cadre juridique solide et équilibré, les inégalités et les abus de pouvoir se renforcent. Par exemple, lorsque des contrats ou des lois permettent à des acteurs économiques de contourner les régulations, cela affaiblit la capacité des États à protéger leurs citoyens. Son travail vise à montrer que le droit peut être un levier pour restaurer un équilibre, à condition d’être repensé en profondeur.
Pour proposer une alternative, Katharina Pistor s’appuie sur la théorie des capabilités humaines, développée par l’économiste indien Amartya Sen et la philosophe américaine Martha Nussbaum. Cette théorie vise à définir ce qui est proprement humain, en identifiant les besoins et les capacités fondamentales de tous les individus à travers le monde. Par exemple, elle inclut l’accès à l’éducation, à la santé ou à un environnement sain comme des éléments essentiels à une vie digne. Pistor suggère d’intégrer ces principes dans le droit privé pour réorienter le capitalisme vers des objectifs plus justes et durables.
Face à l’ampleur des crises climatiques et sociales, Katharina Pistor estime que la philosophie est un outil indispensable pour repenser le capitalisme. Elle rejette l’idée que ce système soit inévitable ou naturel, soulignant qu’il est le fruit d’un cadre juridique et politique construit par l’humanité. Selon elle, seule une refonte des normes et des valeurs collectives, inspirée par la philosophie, peut permettre de sortir du « pétrin » dans lequel le capitalisme nous a placés. Elle compare cette démarche à celle qui a permis l’émergence de l’État moderne, censé protéger les citoyens contre les abus de pouvoir.
Katharina Pistor ne propose pas une solution individuelle, mais insiste sur la nécessité d’un effort collectif. Elle affirme que la société toute entière doit travailler à renforcer les normes et les valeurs qui sous-tendent le droit. Par exemple, cela pourrait passer par des lois plus strictes encadrant l’accès aux ressources naturelles ou la protection des données personnelles. Son approche repose sur l’idée que le droit doit évoluer pour servir l’intérêt général, et non uniquement les intérêts privés. Elle reconnaît que cette vision peut sembler utopiste, mais la considère comme la seule option viable pour l’humanité.
L’article s’inscrit dans une série estivale du média allemand *Die Zeit*, intitulée *Penseurs de demain*, qui met en lumière sept intellectuels et scientifiques jugés prometteurs pour éclairer les défis de notre époque. Katharina Pistor y est présentée comme une figure clé pour repenser le capitalisme à l’aune des crises actuelles. La série aborde des thèmes variés, allant de la géopolitique du numérique à la philosophie, en passant par le climat. L’article est publié le 1er septembre 2026 dans *Courrier international*, qui en propose une traduction et une adaptation pour un lectorat francophone.

