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Généraliste

La peur des riches

Le Devoir · mis à jour 26 sept.

Chez les très fortunés, certains commencent à s’inquiéter de la panne de l’ascenseur socio-économique..

Peur des riches

Certains très fortunés s’inquiètent de la dégradation de la mobilité sociale, un phénomène où les inégalités économiques s’aggravent au point de rendre difficile l’ascension économique pour les générations futures. Cette crainte est particulièrement marquée au Québec, malgré sa tradition de redistribution des revenus. Les plus riches craignent que cette polarisation asymétrique menace la stabilité socio-économique et leur qualité de vie. Selon Horizons de politiques Canada, un organisme gouvernemental, dix perturbations majeures pourraient survenir dans un avenir proche, dont trois sont particulièrement préoccupantes : l’influence croissante des milliardaires sur les politiques publiques, le déclin des systèmes démocratiques et la normalisation de la mobilité sociale descendante.

Influence des milliardaires

Les personnes extrêmement riches, comme les milliardaires, utilisent leurs plateformes, entreprises, fondations et investissements pour façonner les politiques publiques selon leurs valeurs personnelles, contournant ainsi les principes de la gouvernance démocratique. Cette influence se manifeste par une pression sur l’opinion publique, les politiques locales et internationales, et les relations entre États, au service de leurs intérêts privés. Selon Horizons de politiques Canada, cette tendance menace l’avenir de la démocratie et de la gouvernance mondiale. Aux États-Unis, par exemple, environ 60 % de la consommation dépend des 20 % les plus fortunés, illustrant leur pouvoir économique disproportionné. Cette concentration de richesse s’est accentuée depuis la crise financière de 2008-2009 et la pandémie, notamment grâce à l’appréciation des actifs financiers et immobiliers.

Déclin démocratique

La démocratie mondiale montre des signes de déclin, avec une montée des régimes autoritaires et des dirigeants élus qui sapent les institutions démocratiques. Cette fragilisation est liée à l’aggravation des inégalités et à la polarisation idéologique, qui rend impossible toute collaboration politique. Horizons de politiques Canada souligne que cette fragmentation crée un fossé insurmontable entre les différentes visions de la société. Aux États-Unis, des lois sont adoptées pour démanteler des institutions clés, comme la Cour suprême ou les médias indépendants, illustrant cette tendance. Cette situation menace la préservation de l’État de droit et la stabilité des systèmes démocratiques dans le monde.

Mobilité sociale en baisse

La mobilité sociale descendante devient la norme dans plusieurs pays, dont le Québec et les États-Unis. Avec des logements de plus en plus inabordables et des conditions de travail précarisées, les conditions socio-économiques se dégradent d’une génération à l’autre. Les gens perdent confiance dans la capacité des gouvernements à faciliter l’ascension sociale, notamment en matière de logement, d’éducation et de coût de la vie. Cette situation aggrave les problèmes de santé mentale et les tensions économiques et sociales. Aux États-Unis, on parle d’une économie en forme de K : une partie de la population voit ses revenus et la valeur de ses actifs augmenter, tandis que l’autre subit l’érosion de son pouvoir d’achat et de sa capacité d’épargne.

Patriotic Millionaires

Un groupe de millionnaires, appelé Patriotic Millionaires, milite pour une redistribution des richesses et une réforme fiscale. Composé de plus de 250 membres, principalement américains, ce lobby défend des mesures comme une hausse du taux d’imposition des plus riches, une taxation des héritages, une augmentation du salaire minimum et une représentation politique égalitaire. Selon un sondage mené en décembre et janvier auprès de 3 900 millionnaires, 77 % estiment que les riches achètent une influence politique, 65 % soutiennent une hausse des impôts sur les plus fortunés, et 63 % considèrent que l’extrême richesse menace la démocratie. L’acteur Mark Ruffalo, membre de ce groupe, a déclaré que les inégalités extrêmes ont rendu possible des dérives autoritaires comme celle observée aux États-Unis.

Richesse privée vs publique

L’écart entre la richesse privée et la richesse publique s’est creusé de manière spectaculaire. Selon Oxfam International, le 1 % le plus riche possède aujourd’hui trois fois plus de richesse que l’ensemble de la richesse publique mondiale, qui inclut les biens appartenant à la société comme les hôpitaux, les écoles ou les parcs. En 1975, cet écart était de 36 000 milliards de dollars américains, mais il a atteint 435 000 milliards en 2024. Si cette tendance se poursuit, la richesse privée pourrait dépasser la richesse publique de près de 900 000 milliards de dollars d’ici 2075. Cette concentration de richesse privée au détriment des biens publics illustre les déséquilibres économiques actuels et leurs conséquences sur la société.

Ce que ça pourrait changer

L’impôt sur les successions, qui taxe les héritages, est souvent présenté comme un outil de redistribution, mais son efficacité est limitée. Dans les pays de l’*OCDE* (Organisation de coopération et de développement économiques), seulement 24 des 38 membres prélèvent un impôt sur les successions, et celui-ci ne représente en moyenne que 0,5 % des recettes fiscales totales. La plupart des successions échappent à cet impôt grâce à des exonérations pour les transmissions aux proches parents ou pour certains actifs comme la résidence principale. En Europe, 19 des 27 pays de l’*Union européenne* appliquent un impôt sur les successions, mais moins de 1 % des recettes fiscales en proviennent en raison de ces exemptions. Au Canada, il n’existe pas d’impôt successoral depuis les années 1970, mais un impôt peut être prélevé sur la déclaration de revenus finale du défunt.

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