Le nouveau magnat des médias en faillite ne supporte pas ceux qui n’utilisent pas l’IA
S’inspirant de la façon qu’avaient eu Bernard Tapie, Vincent Bolloré et Bernard Arnault de bâtir leurs empires financiers, un entrepreneur et influenceur français rachète des entreprises « en redressement judiciaire, sans reprendre la moindre dette ». Ses cibles : des médias, qu’il fait carburer à l’IA.
Un entrepreneur français de 34 ans, ancien avocat, a racheté en quelques mois trois titres de presse économique en difficulté financière : Le Revenu, Le Nouvel Économiste et IT FACTO, un groupe éditant une dizaine de médias spécialisés dans la tech comme Le Monde Informatique, CIO et Distributique. Son entreprise, nommée Overlord Media, vise à créer un conglomérat de médias en France, avec un objectif de chiffre d’affaires compris entre 5 et 50 millions d’euros en cinq ans, avant une éventuelle introduction en bourse. Inspiré par des figures comme Bernard Tapie ou Bernard Arnault, il mise sur une stratégie de rachat d’entreprises en redressement judiciaire sans reprendre leurs dettes. Son ambition est de positionner ses médias comme des références francophones sur les technologies, l’intelligence artificielle et la transformation numérique des entreprises.
L’entrepreneur, Gaspard de Monclin, fait de l’intelligence artificielle (IA) un pilier central de son modèle économique. Il affirme que « les médias, c’est le meilleur endroit où mettre de l’IA » et que ceux qui ne l’utilisent pas devraient être « virés » car ils ralentissent l’équipe. Overlord Media se présente comme une boîte tech employant autant d’ingénieurs que de journalistes, avec une approche où l’IA est utilisée pour générer du contenu, automatiser des tâches ou interagir avec les audiences. Par exemple, des vidéos promotionnelles sont réalisées avec l’aide de l’IA, et des interactions sur les réseaux sociaux sont simulées par des outils automatisés. L’objectif est d’optimiser les coûts et d’accélérer la production de contenu.
Gaspard de Monclin adopte une stratégie de communication proche de celle des influenceurs plutôt que des journalistes traditionnels. Sur des plateformes comme LinkedIn, Instagram et YouTube, il apparaît systématiquement en personne au-dessus de ses éditoriaux et vidéos, souvent générés avec l’aide de l’IA. Ses publications se terminent par des appels à suivre ses comptes ou à investir dans ses levées de fonds, parfois en partenariat avec les médias qu’il possède. Par exemple, une vidéo parodie une conférence de presse sportive pour promouvoir ses acquisitions, en utilisant un ton sensationnaliste et des métaphores comme un « mercato » (terme sportif désignant la période d’échanges de joueurs) pour décrire ses rachats de médias. Ces vidéos ne précisent pas toujours que les questions sont posées par une IA ou que les réponses proviennent des équipes marketing d’Overlord.
Le modèle économique d’Overlord Media repose sur plusieurs leviers controversés. D’une part, l’entreprise ouvre son capital à des investisseurs particuliers via des levées de fonds, leur permettant de participer financièrement à ses acquisitions et à sa croissance. D’autre part, elle utilise des contenus générés ou assistés par l’IA pour réduire les coûts de production et maximiser l’engagement sur les réseaux sociaux. Enfin, ses médias servent de relais pour promouvoir ses propres investissements et levées de fonds, brouillant la frontière entre information et publicité. Cette approche rappelle celle de grands groupes médiatiques comme ceux de Vincent Bolloré ou Bernard Arnault, où les médias sont à la fois des outils d’influence et des actifs financiers.
La stratégie d’Overlord Media suscite des réactions variées. Certains commentateurs soulignent l’aspect épuisant ou artificiel de cette approche, tandis que d’autres s’interrogent sur l’authenticité de Gaspard de Monclin, allant jusqu’à se demander s’il s’agit d’une personne réelle ou d’une entité générée par l’IA. Des internautes proposent même des solutions techniques, comme des extensions de navigateur (*NoGenAI*) pour bloquer les contenus générés par l’IA. Enfin, des critiques pointent le manque de transparence sur les méthodes de production de contenu et la confusion entre information et promotion commerciale, notamment lorsque des médias appartenant à Overlord relaient des appels à investir dans ses propres projets.

