Pétrir, tricoter
De Bombay à New York, un grand nombre de jeunes refusent de se laisser happer par un rythme de vie aliénant. Et décident, à travers des loisirs ou des décisions plus radicales, de retrouver du sens..
Dans plusieurs pays comme l’Italie, l’Inde ou les États-Unis, une partie de la génération Z (les jeunes nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010) rejette le rythme effréné imposé par la société moderne. Contrairement aux attentes liées à cette génération, souvent associée à une quête de performance et d’optimisation constante, ces jeunes choisissent de ralentir et de se reconnecter à des activités manuelles ou créatives. Leur objectif n’est pas d’en faire davantage, mais de mieux faire, et surtout, de le faire plus lentement. Cette tendance, observée dans des foyers du monde entier, s’inscrit dans une volonté de retrouver un équilibre face à un mode de vie perçu comme aliénant, marqué par la pression des réseaux sociaux, des notifications permanentes et des exigences professionnelles accrues.
En Italie, une tendance appelée Nonna Maxxing (littéralement « Mamie Maxxing », en référence aux grands-mères italiennes) incarne cette rébellion silencieuse. Il s’agit d’une pratique où les jeunes se réapproprient des gestes ancestraux, comme pétrir la pâte à pain ou utiliser un rouleau à pâtisserie, pour cuisiner des plats traditionnels. Cette activité, souvent réalisée dans une cuisine baignée de lumière naturelle, permet de ralentir le temps et de se concentrer sur des tâches simples, loin des sollicitations numériques. Le terme Nonna Maxxing souligne l’ironie de cette génération, élevée dans le culte de la productivité, qui trouve son inspiration dans des méthodes jugées dépassées par le passé. Cette tendance n’est pas anodine : elle reflète un rejet des normes sociales actuelles et une recherche de sens à travers des rituels lents et apaisants.
Au-delà de la cuisine, d’autres activités manuelles ou créatives gagnent en popularité parmi les jeunes. Le tricot, par exemple, est présenté comme une activité méditative qui permet de se recentrer sur l’instant présent. De même, l’écriture, qu’elle soit sous forme de journal intime, de poésie ou de romans, est perçue comme un exutoire pour exprimer des émotions ou des idées que la société ne laisse pas toujours la place d’explorer. Ces pratiques, bien que variées, partagent un point commun : elles offrent une échappatoire à la frénésie du quotidien en recentrant l’attention sur des gestes concrets et des processus créatifs. Elles sont souvent décrites comme des « révolutions douces », car elles ne remettent pas en cause les structures sociales de manière frontale, mais proposent une alternative individuelle et accessible.
Cette tendance n’est pas limitée à l’Italie. Des jeunes de Bombay à New York adoptent des modes de vie similaires, cherchant à échapper à un rythme de vie perçu comme oppressant. En Inde, par exemple, des ateliers de cuisine traditionnelle ou de tissage sont organisés pour permettre aux participants de se reconnecter à des savoir-faire ancestraux, tout en prenant une pause par rapport aux exigences modernes. Aux États-Unis, des communautés en ligne se forment autour de ces pratiques, partageant des tutoriels ou des retours d’expérience. Ces initiatives illustrent une prise de conscience collective : la nécessité de ralentir pour préserver sa santé mentale et retrouver un sentiment de contrôle sur son existence. Elles s’inscrivent dans un mouvement plus large, souvent associé à des termes comme slow living (vie lente) ou digital detox (détox numérique).
L’ironie de cette tendance réside dans le fait que ces jeunes, souvent élevés dans un environnement où la performance et l’efficacité sont valorisées, trouvent leur inspiration dans des figures ou des méthodes traditionnellement associées à la lenteur et à la simplicité. Les grands-mères italiennes, par exemple, deviennent des symboles générationnels, incarnant une sagesse que la société moderne avait tendance à négliger. De même, des activités comme le tricot ou la cuisine maison, autrefois perçues comme des corvées, sont aujourd’hui présentées comme des actes de résistance contre un système qui pousse à toujours en faire plus. Cette réappropriation de pratiques anciennes est décrite comme une « révolution gentille », car elle ne cherche pas à renverser les structures existantes, mais à proposer une alternative individuelle et apaisante.

