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Généraliste

Ottawa garde secret l’usage fait de l’IA dans sa formation sur l’IA

Le Devoir · mis à jour il y a 20 j

Le silence sur cette formation payée à coups de millions contredit la promesse de transparence du ministre Solomon..

Formation IA secrète

En septembre 2026, le gouvernement canadien a alloué 13 millions de dollars à l’Alberta Machine Intelligence Institute (AMII) pour créer trois formations en ligne destinées à expliquer l’intelligence artificielle (IA) au grand public. Pourtant, le contenu de la première formation, destinée aux étudiants postsecondaires et mise en ligne seulement 12 jours après l’annonce, ne précise pas si son matériel a été généré ou modifié par des outils d’IA. Cette absence de transparence contraste avec les promesses officielles du ministre Evan Solomon, qui avait annoncé en juillet 2026 que les Canadiens devaient pouvoir savoir s’ils interagissent avec des systèmes d’IA ou du contenu généré par ces systèmes. Le ministère Innovation, Sciences et Développement économique Canada a admis que des professionnels d’AMII pouvaient avoir utilisé de l’IA générative de manière appropriée, sans pour autant l’indiquer clairement aux participants.

Détection IA et Pangram

Un outil de détection d’IA nommé Pangram, basé sur des algorithmes similaires, a été utilisé par Le Devoir pour analyser des extraits de la formation. Selon cet outil, certains chapitres seraient à 100 % rédigés par une machine, tandis que d’autres auraient été partiellement modifiés par des humains. Pangram est un logiciel capable d’identifier des traces d’écriture automatisée dans des textes, mais son utilisation soulève des débats. Par exemple, Jean-Hugues Roy, professeur à l’UQAM, a testé Pangram sur 100 articles journalistiques réels et 200 faux articles générés par IA : l’outil n’a commis aucune erreur en classant correctement tous les textes humains. Cependant, des experts comme Destiny Tchéhouali, professeur à l’UQAM, soulignent que Pangram manque encore d’études approfondies pour garantir une fiabilité absolue dans tous les contextes.

Problème de qualité francophone

Dès octobre 2026, Le Devoir a révélé que la formation financée par Ottawa ne respectait pas ses obligations en matière de qualité linguistique. Pendant les cinq premières semaines, seules des vidéos en anglais étaient disponibles, alors que le contrat exigeait un contenu équivalent en français. De plus, des sigles techniques déconseillés en français étaient utilisés, ce qui suggère une traduction automatisée par IA. Lynda Vang, porte-parole d’AMII, n’a pas expliqué pourquoi l’usage de l’IA n’était pas divulgué aux participants, malgré les attentes de transparence du gouvernement. Cette situation a été critiquée par des experts, qui y voient un manque de cohérence avec les engagements officiels en faveur d’une utilisation responsable de l’IA.

Débat éthique et transparence

L’AMII défend son approche en soulignant que l’IA générative, lorsqu’elle est supervisée par des humains et intégrée dans une conception pédagogique rigoureuse, peut être un outil utile. La porte-parole Lynda Vang a qualifié de « dilemme éthique » la suspicion systématique envers l’IA, tout en critiquant les outils de détection comme Pangram pour leur manque de nuances. Cependant, Destiny Tchéhouali, professeur et expert en intelligence artificielle, conteste cet argument. Il rappelle que le gouvernement canadien impose déjà à ses propres fonctionnaires de déclarer tout contenu généré par IA, selon un guide publié en 2026. Pour lui, l’absence de transparence dans cette formation publique est « très grave », car elle va à l’encontre des principes mêmes qu’Ottawa prétend promouvoir : l’usage responsable et explicite de l’IA.

Ce que ça pourrait changer

Le gouvernement canadien a lancé en automne 2026 une consultation publique pour « augmenter la transparence » dans l’usage de l’IA et « gagner la confiance de la population ». Cette initiative s’inscrit dans un contexte où Ottawa cherche à promouvoir l’enseignement de l’IA auprès des jeunes et des formateurs, malgré le fait que l’éducation relève des provinces. Pourtant, l’opacité autour de la formation financée par l’État et créée par AMII montre un écart entre les discours et les pratiques. Les experts interrogés soulignent que sans transparence, la méfiance du public envers l’IA ne fera que croître, surtout lorsque des fonds publics sont en jeu. La fiabilité des outils de détection comme Pangram reste également un sujet de débat, faute d’études indépendantes à grande échelle.

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