Toujours trop d’inflation aux États-Unis, une hausse des taux de la Fed se profile
L’indice des prix à la consommation a progressé de 3,4% sur un an en août, le même rythme élevé qu’en juillet..
En août 2024, l’inflation aux États-Unis n’a pas ralenti : l’indice des prix à la consommation (CPI) a augmenté de 3,4 % sur un an, un rythme identique à celui de juillet. Ce chiffre mesure l’évolution moyenne des prix des biens et services consommés par les ménages, comme l’alimentation, le logement ou les transports. Une inflation élevée signifie que les prix montent rapidement, ce qui réduit le pouvoir d’achat des consommateurs. Les données montrent aussi une accélération mensuelle de l’inflation, avec une hausse de 0,4 % entre juillet et août, contre seulement 0,1 % le mois précédent. Plus inquiétant encore, l’inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils de l’énergie et de l’alimentation, a également progressé de 0,3 % en août, contre 0,1 % en juillet. Cette mesure est suivie de près par les banques centrales car elle reflète mieux les tendances durables des prix.
Le coût des carburants a fortement augmenté aux États-Unis, notamment celui du diesel, utilisé par les camions et les tracteurs. Le prix du diesel a dépassé pour la première fois le seuil symbolique de six dollars le gallon (soit environ 1,58 € par litre) à la mi-août 2024, contre environ 3,50 dollars (soit environ 0,92 € par litre) au début de l’année. Cette flambée est en partie attribuée à l’escalade des tensions géopolitiques entre les États-Unis et l’Iran autour du détroit d’Ormuz, une zone stratégique pour le transport maritime du pétrole. Ces tensions perturbent l’approvisionnement en énergie et font monter les prix à la pompe, ce qui pèse sur les ménages et les entreprises, notamment dans les secteurs agricoles et logistiques.
La Réserve fédérale américaine (Fed) se trouve dans une situation difficile : elle doit décider si elle relève ses taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation persistante ou maintient sa politique actuelle. Les taux directeurs, qui influencent le coût des crédits pour les ménages et les entreprises, sont actuellement fixés entre 3,50 % et 3,75 %, un niveau élevé depuis décembre 2023. Une hausse des taux serait la première depuis l’été 2023 et vise à freiner la consommation et l’investissement pour calmer la hausse des prix. Cependant, cette décision pourrait déplaire au président américain Donald Trump, qui milite pour des taux plus bas afin de stimuler l’économie avant les élections législatives de mi-mandat en novembre 2024. Les marchés financiers anticipent à plus de 85 % une hausse des taux lors de la prochaine réunion de la Fed, prévue les 15 et 16 septembre 2024.
L’inflation persistante et la possible hausse des taux ont plusieurs conséquences économiques. D’une part, elle renchérit le coût de la dette publique américaine, déjà très élevée, car les prêteurs exigent des rendements plus élevés pour financer les emprunts de l’État. D’autre part, elle alourdit le coût des crédits pour les entreprises et les particuliers, ce qui peut freiner la croissance et l’emploi. Par ailleurs, le moral des consommateurs américains, mesuré par le baromètre de l’Université du Michigan, s’est dégradé en septembre 2024, se rapprochant d’un plus bas historique atteint en mai 2024. Cette baisse de confiance reflète l’inquiétude face à la hausse des prix et à un avenir économique incertain. La Fed doit donc arbitrer entre lutter contre l’inflation et soutenir une économie déjà fragilisée.
La situation de la Fed est compliquée par des pressions politiques. Donald Trump, candidat à sa réélection, critique régulièrement la politique monétaire de la banque centrale et exige des taux plus bas pour favoriser la croissance économique. Il a même qualifié une éventuelle hausse des taux de mesure « antipatriote ». Kevin Warsh, le président de la Fed nommé par Trump au printemps 2024, se retrouve donc dans une position délicate : il doit prendre des décisions techniques indépendantes tout en tenant compte des attentes politiques. Les observateurs soulignent que cette réunion de septembre 2024 est particulièrement incertaine, car les membres de la Fed sont divisés sur la marche à suivre. Certains estiment qu’une hausse des taux est nécessaire, tandis que d’autres craignent un impact négatif sur l’économie.

