Cancer du sein : en France, il n'y a pas de médecin traitant et un an d'attente pour une mammographie
Au Canada, l’absence de médecin de famille et la précarité sont associées à un risque accru de mourir dans les six mois d’un cancer du sein métastatique d’emblée. Un signal d’alarme pour la France.
Une étude publiée le 19 octobre 2026 dans la revue médicale canadienne CMAJ révèle que 23 % des patientes atteintes d’un cancer du sein métastatique en Ontario meurent dans les six mois suivant leur diagnostic. Ce cancer, dit métastatique d’emblée, signifie que la tumeur s’est déjà propagée à d’autres organes au moment de sa découverte. Les chercheurs Priya Thomas (université Western) et Phillip Blanchette (London Health Sciences Centre) ont analysé les données de 4 004 patientes traitées entre 2010 et 2019. Leur travail montre que le risque de décès précoce est plus élevé chez les personnes précaires et celles sans médecin de famille. Ces résultats, bien que corrélationnels et non causals, soulèvent des questions pour la France, où l’accès aux soins primaires et aux mammographies est également en difficulté.
Les auteurs de l’étude canadienne insistent sur l’importance des soins primaires, c’est-à-dire les consultations chez un médecin généraliste ou un professionnel de santé de premier recours. Leur absence peut retarder le diagnostic et le début des traitements. En Ontario, une personne sur quatre n’a pas accès régulier à ces soins. En France, la situation est tout aussi préoccupante : selon le ministère de la Santé, 6,3 millions de personnes n’ont pas de médecin traitant en 2026, et 9 millions vivent dans un désert médical, une zone où l’accès aux soins est très limité. Le médecin traitant joue un rôle central dans la prévention, le dépistage et l’orientation vers des examens comme la mammographie. Pourtant, la densité de généralistes en France a reculé de 1 % par an entre 2017 et 2021, aggravant les inégalités territoriales.
En France, le dépistage organisé du cancer du sein propose une mammographie gratuite tous les deux ans aux femmes âgées de 50 à 74 ans. Pourtant, seulement 45,7 % d’entre elles y ont participé en 2024-2025, un taux bien en dessous des 70 % recommandés par les instances européennes. Ce programme vise à détecter précocement les tumeurs pour améliorer les chances de guérison. Cependant, son efficacité est limitée par des délais d’attente très longs. Par exemple, en Pays de la Loire, il faut attendre environ six mois pour obtenir un rendez-vous, et jusqu’à douze ou dix-huit mois dans certaines zones. En Charente-Maritime, le délai entre la prise de rendez-vous et l’examen peut atteindre six à sept mois. Ces retards s’expliquent par le manque de radiologues, la charge de travail accrue et l’augmentation du nombre de femmes éligibles.
L’étude canadienne met en lumière les disparités sociales et géographiques dans l’accès aux soins. En France, ces inégalités sont également marquées. Dans le Calvados, une étude a montré que les femmes vivant dans les zones les plus défavorisées avaient 29 % de chances en moins de participer au dépistage organisé. Dans les Deux-Sèvres, un département rural, l’attente pour une mammographie dépasse souvent huit mois, voire un an. Les chercheurs canadiens soulignent aussi les difficultés liées aux longs trajets vers les centres de cancérologie urbains. Ces obstacles renforcent le risque de diagnostics tardifs, notamment dans les populations précaires ou éloignées des grands centres médicaux.
Pour réduire les diagnostics tardifs et améliorer les taux de survie, les auteurs de l’étude canadienne proposent de renforcer le dépistage dans les populations marginalisées. En France, cela pourrait passer par une meilleure accessibilité aux mammographies, notamment dans les déserts médicaux, et par un accompagnement renforcé des femmes précaires. Les campagnes de sensibilisation ciblées et la simplification des démarches administratives pourraient aussi encourager une participation accrue au dépistage organisé. Enfin, le retour d’un médecin traitant pour tous, couplé à une augmentation des effectifs de radiologues, serait un levier essentiel pour fluidifier l’accès aux soins et réduire les délais d’attente.

