Ajovy, Emgality
Chez les femmes enceintes exposées, les médicaments contre la migraine les plus récents s'accompagneraient d'un risque de fausse couche supérieur d'environ 40 %. Le propranolol, lui, ne montre aucune hausse.
Trois médicaments récents contre la migraine, l’Ajovy, l’Emgality et le Vyepti, appartiennent à une classe appelée anticorps monoclonaux anti-CGRP. Ces traitements bloquent une protéine naturelle, le CGRP (Calcitonin Gene-Related Peptide), qui joue un rôle dans le déclenchement des crises de migraine. Ils sont administrés par injection, généralement une fois par mois ou par trimestre. Introduits sur le marché en 2018, ces médicaments représentent une avancée majeure pour les patients souffrant de migraines sévères et résistantes aux autres traitements. Cependant, une étude récente met en lumière un risque potentiel associé à leur utilisation pendant la grossesse.
Une étude publiée le 12 octobre 2026 dans la revue JAMA Neurology par Anick Bérard, chercheuse au centre hospitalier universitaire Sainte-Justine à Montréal, révèle qu’un traitement par anticorps monoclonaux anti-CGRP pendant la grossesse augmenterait le risque de fausse couche de 42 %. Ce chiffre est comparé à un autre médicament contre la migraine, le propranolol, qui ne montre aucune augmentation de ce risque. L’étude a analysé 7 579 grossesses chez des femmes migraineuses âgées de 15 à 45 ans, suivies pendant les vingt premières semaines de grossesse, période où surviennent la plupart des fausses couches. La fourchette statistique de ce risque supplémentaire varie entre 12 % et 80 %.
Les femmes traitées par anticorps monoclonaux anti-CGRP souffrent généralement de migraines plus sévères et résistantes aux autres traitements. Or, une migraine sévère est déjà associée à des complications obstétricales, ce qui pourrait biaiser les résultats de l’étude. Après ajustement pour tenir compte de ce facteur, le surcroît de risque de fausse couche est ramené à 33 %, mais il reste supérieur à celui des femmes non traitées. L’étude souligne que ces résultats sont obtenus à partir de données observationnelles, qui ne permettent pas d’établir une relation de cause à effet, mais seulement une association.
L’étude présente plusieurs limites. Tout d’abord, elle repose sur des données provenant de bases d’assurances privées américaines, ce qui limite la portée des résultats à d’autres populations. Ensuite, le nombre de grossesses exposées aux anticorps monoclonaux anti-CGRP reste faible, car ces médicaments sont arrivés récemment sur le marché. Enfin, l’étude ne couvre que les fausses couches et ne prend pas en compte d’éventuelles malformations ou le devenir des enfants à naître. Les auteurs appellent donc à la réalisation d’autres travaux pour approfondir ces questions et confirmer ces résultats.
Les auteurs de l’étude recommandent aux femmes en âge de procréer de discuter avec leur médecin avant de commencer un traitement par anticorps monoclonaux anti-CGRP, afin d’évaluer les risques et les alternatives. Un arrêt brutal de ce traitement peut entraîner un retour des crises de migraine, ce qui rend la décision complexe. Les patientes doivent donc être accompagnées dans leur choix, en tenant compte des données disponibles et de leur situation personnelle. L’objectif est de trouver un équilibre entre le contrôle des symptômes et la sécurité pendant la grossesse.

