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Généraliste

Douze sous

Le Devoir · mis à jour il y a 6 j

Que nous propose-t-on pour l’avenir des arts, socle de la culture et de l’identité québécoise ?.

Budget du CALQ

Le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) dispose d’un budget annuel de 200 millions d’euros. Dans le budget global de l’État québécois, qui s’élève à 170 milliards d’euros, cela représente 12 centimes pour chaque tranche de 100 euros dépensés. Le CALQ finance principalement les artistes et les projets culturels, mais son budget est souvent comparé à des dépenses bien plus importantes. Par exemple, l’enveloppe allouée à la première ministre pour des cadeaux électoraux dépassait de 50 millions d’euros celui du CALQ. Ces chiffres illustrent la place marginale accordée aux arts dans les priorités budgétaires de l’État.

Revenus des artistes

Les 43 000 artistes actifs au Québec gagnent en moyenne 18 000 euros par an, selon les données de l’Union des artistes. Ce montant est bien en dessous du seuil de pauvreté pour une personne seule, qui s’élève à environ 20 000 euros annuels au Québec. Les artistes sont souvent contraints de travailler sans rémunération ou en cumulant plusieurs emplois précaires pour survivre, malgré leur contribution majeure à l’identité culturelle québécoise. Leur situation reflète un déséquilibre entre l’importance symbolique de leur travail et la reconnaissance financière qui leur est accordée.

Origine de la politique culturelle

La politique culturelle québécoise actuelle trouve ses racines dans une réforme de 1992. Cette année-là, le gouvernement a reconnu les industries culturelles comme un domaine clé du développement économique du Québec. Deux structures ont été créées : la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), qui adopte un langage axé sur la croissance et les marchés, et le CALQ, dont le mandat a progressivement été influencé par des notions comme celles de clients et de produits. Cette approche a été critiquée dès 1990, notamment dans un mémoire présenté par René-Daniel Dubois, qui alertait sur les risques d’un matérialisme étouffant la culture et la langue québécoises.

Menaces sur la culture québécoise

L’auteur souligne que la culture québécoise est menacée par plusieurs facteurs, dont l’hégémonie culturelle états-unienne et la domination de l’anglais. Pourtant, les partis politiques au pouvoir ne semblent pas accorder une priorité suffisante à la protection et au financement des arts. Par exemple, lors d’une campagne électorale récente, aucun parti n’a proposé de mesures concrètes pour renforcer le rôle des arts dans la société québécoise. Le Parti libertarien a même refusé de participer à un débat sur la culture, illustrant un désintérêt marqué pour ces enjeux. Cette indifférence contraste avec l’importance symbolique des arts pour l’identité québécoise.

Propositions des partis politiques

Les principaux partis politiques québécois (Parti québécois, Parti libéral du Québec et Coalition avenir Québec) proposent simplement de maintenir le budget actuel du CALQ, ce qui équivaut, en tenant compte de l’inflation, à une réduction à moyen terme. Seul Québec solidaire suggère une augmentation du budget du CALQ et un projet pilote de filet social pour les artistes. L’auteur estime que ces propositions restent insuffisantes et appelle à des mesures plus ambitieuses, comme la création d’un revenu de base pour les artistes, inspiré de l’exemple irlandais, ou une loi protégeant le CALQ des coupes budgétaires futures. Il propose également d’indexer en continu les crédits du CALQ et de renforcer son mandat de recherche fondamentale en art.

Financement des arts et justice sociale

L’auteur critique le déséquilibre entre les dépenses publiques et les priorités réelles. Par exemple, entre 2018 et 2026, la Coalition avenir Québec a accordé 18 milliards d’euros au secteur privé, dont 2 milliards pour un projet controversé de filière batterie et 6,4 milliards pour le Fonds de développement économique. L’auteur souligne que ces investissements ne garantissent pas un enrichissement collectif, contrairement à ce que suggère la théorie du ruissellement. Il propose plutôt de lutter contre l’évasion fiscale et de taxer davantage les multinationales pour financer les arts, un secteur qui génère un retour économique exceptionnel : chaque euro investi dans les arts au Canada produit 29 euros de retombées, selon la Chambre de commerce du Canada.

Arts et lien social

L’auteur met en lumière le rôle central des arts dans la cohésion sociale et l’identité québécoise. Il évoque l’exemple d’une femme qui, après une représentation théâtrale, éteint les lumières d’un centre communautaire ayant nourri 80 personnes. Ce centre, comme de nombreux organismes culturels et sociaux, dépend d’un financement insuffisant et non indexé. Plus de 80 % des emplois dans ce secteur sont occupés par des femmes, qui réclament elles aussi un financement global, récurrent et indexé. L’État québécois délègue ainsi des missions essentielles — comme le lien social ou l’imaginaire collectif — à des structures sous-financées, comparant leur soutien à l’achat de barbe à papa pour un enfant : une dépense symbolique et éphémère, loin des besoins réels.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette situation, l’auteur appelle à une refonte profonde des politiques culturelles. Il propose notamment la création d’un *revenu de base* pour tous les artistes, sur le modèle irlandais, et l’adoption d’une loi contraignante pour protéger le CALQ des coupes budgétaires futures. Cette loi devrait également garantir l’indexation continue des crédits du CALQ et renforcer son mandat de recherche fondamentale en art. L’auteur souligne que la démocratie et la culture sont des enjeux négligés par les grands partis politiques, qui préfèrent des mesures électoralistes ou des cadeaux au secteur privé. Il insiste sur la nécessité de sortir du langage économique dominant pour redonner aux arts leur place centrale dans la société québécoise.

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