Le Premier ministre néerlandais délègue sa communication à une IA
“De Volkskrant” a analysé une grande quantité de messages postés par le Premier ministre, Rob Jetten, sur ses réseaux sociaux. Il en ressort qu’au moins 30 % sont rédigés par une intelligence artificielle.
Le Premier ministre néerlandais Rob Jetten, en poste en septembre 2026, utilise une intelligence artificielle (IA) pour rédiger une partie de ses communications officielles. Selon une enquête du quotidien De Volkskrant, au moins 30 % des messages publiés sur ses réseaux sociaux (Facebook et Instagram) sont générés par une IA. Ces publications incluent des déclarations politiques, des excuses publiques et des contenus de campagne. L'IA est également employée pour écrire des passages d'un livre de campagne et des scripts de clips vidéo. Le parti libéral D66, auquel Jetten appartient, justifie cette pratique en affirmant utiliser l'IA comme un outil, tout en précisant que les textes sont systématiquement relus par des humains avant publication.
Pour identifier les textes générés par l'IA, De Volkskrant a utilisé un logiciel nommé Pangram. Ce programme analyse les schémas récurrents dans un texte pour déterminer s'il a été écrit par un humain ou une machine. Les tests menés par le journal ont montré que Pangram ne détectait aucun texte comme étant produit par une IA lorsque les messages de Jetten antérieurs à l'arrivée de ChatGPT étaient analysés. Cette méthode a permis de confirmer que les publications récentes contenaient bien des contenus générés par une IA. Le logiciel Pangram n'est pas précisé comme étant une technologie propriétaire ou open source dans l'article.
Les textes rédigés par l'IA abordent des sujets sensibles, notamment la guerre en Ukraine et la commémoration du crash du vol MH17, un avion abattu en 2014 au-dessus de l'Ukraine, tuant 193 Néerlandais et 43 autres passagers. Ces messages sont écrits à la première personne et insistent sur les émotions ou le sentiment personnel de Jetten. Le Premier ministre, qui est le plus actif sur les réseaux sociaux parmi les anciens et actuels membres du gouvernement néerlandais, explique que cette communication abondante vise à démontrer sa transparence et son implication pour les Pays-Bas. Cependant, De Volkskrant souligne que l'IA ne peut pas reproduire avec authenticité les émotions humaines.
Le recours à l'IA pour des sujets sensibles soulève plusieurs critiques. De Volkskrant relève des erreurs logiques et des contrevérités dans les textes produits par la machine. Plus fondamentalement, l'utilisation de l'IA pose la question de l'authenticité des messages. Claes de Vreese, expert en IA à l'université d'Amsterdam, explique que les modèles d'IA ne peuvent pas saisir les nuances émotionnelles comme le ferait un humain. Il ajoute que lorsque l'IA est présentée comme l'auteur réel des messages, cela peut nuire à la crédibilité du Premier ministre. Les citoyens pourraient en effet se demander : qui est vraiment Rob Jetten ? Cette pratique risque de miner la confiance dans les institutions politiques.
Face aux révélations de *De Volkskrant*, le parti D66 a reconnu l'utilisation de l'IA, tout en insistant sur le fait que les textes sont relus par des humains. Cette pratique s'inscrit dans une tendance plus large où les outils d'IA sont de plus en plus intégrés dans les stratégies de communication politique. Aux Pays-Bas, Rob Jetten est perçu comme une figure de proue de cette approche, utilisant massivement les réseaux sociaux pour interagir avec le public. Cependant, l'article souligne que cette automatisation de la communication politique pourrait avoir des conséquences sur la perception de l'authenticité et de la sincérité des dirigeants. Le débat porte ainsi sur l'équilibre entre efficacité technologique et transparence humaine dans la gestion du pouvoir.

