Un projet du fédéral de surveillance satellitaire des feux de forêt fait du surplace
Initialement prévu en 2029, le lancement de GardeFeu a été compliqué par l’annulation d’un contrat..
Le projet GardeFeu est une mission canadienne visant à placer en orbite une constellation de satellites pour surveiller les feux de forêt. Initialement prévu pour 2029, son lancement a été retardé en raison de l'annulation d'un contrat attribué à l'entreprise Spire Global, Inc. en 2023. Cette mission, dotée d'un budget de 169,9 millions de dollars alloués en 2022 par le gouvernement fédéral à l'Agence spatiale canadienne (ASC), Ressources naturelles Canada et Environnement et Changement climatique Canada, devait utiliser sept microsatellites équipés de capteurs infrarouges pour détecter les départs de feux, même les plus petits, et transmettre des données aux équipes d'intervention. Le projet, inspiré par le père du chercheur Josh Johnston (spécialiste des feux de forêt), symbolise une avancée technologique attendue depuis les années 1980 pour améliorer la lutte contre les incendies.
Les feux de forêt au Canada sont devenus plus rapides, plus étendus et plus graves ces dernières décennies en raison des changements climatiques. La saison 2023 a été la plus destructrice jamais enregistrée, avec 17 millions d'hectares brûlés, soit six fois la moyenne à long terme. Les températures moyennes ont été supérieures de 2,2 °C à la période de référence 1991-2020, favorisant des conditions météorologiques extrêmes propices aux incendies. Ces catastrophes ont entraîné des évacuations massives, comme celle de toute la population de Yellowknife ou des deux tiers des habitants des Territoires du Nord-Ouest. Les conséquences humaines incluent des blessures, des décès, des bâtiments détruits et des impacts sanitaires liés à la fumée, soulignant l'urgence d'améliorer les systèmes de surveillance et d'intervention.
En mars 2026, le gouvernement fédéral a ordonné à Spire Global de suspendre puis de résilier le contrat attribué en 2023 pour la construction des microsatellites de GardeFeu, sans en expliquer les raisons. Cette décision a été annoncée par la présidente de l'Agence spatiale canadienne (ASC), Lisa Campbell, lors de la conférence Horizons 2026 de Space Canada. Elle a évoqué un changement dans les processus d'approvisionnement de l'agence, privilégiant la rapidité et l'efficacité. Aucune entreprise n'a été désignée pour remplacer Spire, et aucun fournisseur de services de lancement n'a été annoncé pour la nouvelle version de la mission. L'ASC consulte actuellement l'industrie canadienne pour relancer le projet, mais l'échéancier initial de 2029 est désormais incertain.
Moins de trois mois après l'annulation du contrat de Spire, les États-Unis ont lancé le 7 juillet 2026 trois satellites FireSat, conçus pour surveiller les feux de forêt à l'échelle mondiale. Développés par Muon Space pour l'organisation à but non lucratif Earth Fire Alliance, ces satellites sont soutenus par un partenariat public-privé incluant Google et le Bezos Earth Fund. Un prototype lancé en 2025 a déjà fourni des données sur des incendies au Canada, comme le feu Nipigon 6 en Ontario et le feu Beef Trail Creek en Colombie-Britannique. Contrairement à GardeFeu, FireSat est opérationnel et pourrait devenir pleinement fonctionnel dans les mois à venir, offrant une solution immédiate pour la surveillance des feux de forêt.
Face à l'aggravation des feux de forêt et à l'urgence d'obtenir des données précises pour protéger les populations, l'incertitude autour de GardeFeu suscite des interrogations. Le chercheur **Josh Johnston**, qui porte ce projet depuis des décennies, souligne que les acteurs du secteur attendent des solutions concrètes. Bien que **FireSat** puisse combler temporairement le vide, Johnston insiste sur la nécessité pour le Canada de mener à bien sa propre mission pour compléter les observations satellites. Le gouvernement canadien affirme vouloir maintenir l'objectif d'un système opérationnel d'ici 2029, mais la résiliation du contrat et l'absence de remplaçant clair prolongent l'attente des gestionnaires de feux et des collectivités exposées aux risques d'incendies.

