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Géopolitique

Pourquoi cette hausse des diagnostics de TDAH chez les femmes ?

Courrier International · mis à jour 3 oct.

Entre 2020 et 2022, le nombre de femmes américaines âgées de 23 à 49 ans qui ont reçu un diagnostic de TDAH a presque doublé. Une hausse liée à des facteurs à la fois scientifiques et culturels, explique le magazine américain “The Cut”..

Hausse des diagnostics

Entre 2020 et 2022, le nombre de femmes américaines âgées de 23 à 49 ans ayant reçu un diagnostic de TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) a presque doublé. Cette augmentation s'explique par une meilleure reconnaissance des symptômes chez les femmes adultes, longtemps sous-diagnostiquées. Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental caractérisé par des difficultés à maintenir son attention, une impulsivité ou une hyperactivité. Historiquement, il était associé aux garçons et aux symptômes visibles comme l'agitation, alors que les femmes présentaient souvent des signes moins évidents, comme une inattention ou une organisation difficile. Cette hausse reflète aussi un changement dans les critères diagnostiques et une réduction des stigmates autour des troubles mentaux.

Critères diagnostiques

Jusqu'en 1994, le DSM-IV (manuel de référence pour les diagnostics psychiatriques) exigeait que les symptômes du TDAH apparaissent avant l'âge de 7 ans pour poser un diagnostic. Les médecins se concentraient surtout sur les symptômes d'hyperactivité et d'impulsivité, plus faciles à repérer. Or, les filles et les femmes atteintes de TDAH présentaient souvent des signes d'inattention sans hyperactivité marquée. En 2013, le DSM-V a élargi les critères : l'âge d'apparition des symptômes est passé à 12 ans, et trois types de TDAH ont été définis (inattention, hyperactivité-impulsivité, ou mixte). Cette évolution a permis de mieux identifier le trouble chez les femmes, dont les symptômes peuvent s'aggraver à la puberté en raison des fluctuations hormonales.

Rôle des hormones

Les recherches récentes suggèrent que les hormones sexuelles, notamment les œstrogènes, jouent un rôle dans l'expression du TDAH chez les femmes. Les niveaux de dopamine, un neurotransmetteur clé pour l'attention et la motivation, diminuent lorsque les taux d'œstrogènes baissent, comme pendant la périménopause, après un accouchement ou lors du cycle menstruel. Ces variations peuvent exacerber les symptômes du TDAH, rendant le trouble plus visible. La psychiatre Sandra Kooij, fondatrice du European Network Adult ADHD, souligne que ces périodes de transition hormonale sont souvent associées à une détérioration de la santé mentale chez les femmes atteintes de TDAH.

Diagnostics tardifs

De nombreuses femmes reçoivent un diagnostic de TDAH à l'âge adulte, parfois après 30 ou 40 ans. Des personnalités comme l'actrice Ashley Nicole Black ou la réalisatrice Greta Gerwig ont été diagnostiquées à l'âge de 30 ans. Ce retard s'explique par le manque de reconnaissance des symptômes féminins dans l'enfance, où les filles apprenaient à masquer leurs difficultés (par exemple en gribouillant ou en s'arrachant les cheveux). Les enseignants et les médecins ne repéraient pas ces signes, car ils ne perturbaient pas l'ordre en classe. Aujourd'hui, avec des critères diagnostiques plus inclusifs et une meilleure sensibilisation, ces diagnostics tardifs sont plus fréquents.

Traitements et impacts

Le traitement du TDAH repose souvent sur des stimulants (comme le méthylphénidate), qui augmentent la concentration en stimulant la dopamine. Une patiente de 41 ans, Alex, a décrit son expérience après avoir pris ce médicament : « Environ une heure après avoir pris sa première dose, elle s'est dit : Oh là là, c'était comme si on avait jeté une couverture lestée sur mes pensées. » Ces traitements peuvent transformer la vie des personnes atteintes, en réduisant les symptômes et en améliorant leur qualité de vie. Cependant, l'accès aux diagnostics et aux soins reste inégal, notamment en raison des stéréotypes persistants et du manque de formation des professionnels de santé.

Ce que ça pourrait changer

La hausse des diagnostics de *TDAH* chez les femmes reflète aussi une évolution culturelle et sociale. La santé mentale est aujourd'hui moins stigmatisée, et la notion de *neurodivergence* (différences dans le fonctionnement du cerveau) est mieux acceptée. Cependant, le magazine *The Cut* souligne que les stéréotypes persistent : les garçons ont deux fois plus de chances d'être diagnostiqués dans l'enfance, alors que les filles et les femmes sont souvent diagnostiquées plus tard. Cette disparité s'explique par des attentes sociales différentes et une méconnaissance des manifestations féminines du *TDAH*.

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