« Mêmes problèmes, même ennemi » : le leader mondial des pesticides contesté de la Normandie à l'Indonésie
Les manifestants contre Syngenta et les pesticides ont dénoncé les effets néfastes de l'industrie agrochimique à l'échelle internationale. Des actions ont également eu lieu dans de nombreux autres pays.
L’article évoque le groupe Bayer-Monsanto, leader mondial de la production et de la vente de pesticides, notamment de l’herbicide glyphosate (commercialisé sous le nom de Roundup). Ce produit est au cœur de controverses en raison de ses effets présumés sur la santé humaine et l’environnement. Bayer-Monsanto est une multinationale née de la fusion en 2018 entre le géant allemand Bayer et le semencier américain Monsanto, spécialisé dans les OGM et les produits phytosanitaires. Le glyphosate est l’un des pesticides les plus utilisés au monde, avec environ 800 000 tonnes appliquées annuellement, selon des estimations récentes. Son utilisation massive soulève des questions sur sa toxicité, notamment son classement en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) comme probablement cancérogène pour l’homme (groupe 2A).
En Normandie, des agriculteurs et des associations environnementales dénoncent l’impact du glyphosate sur les sols et la santé des riverains. Une étude locale a révélé des traces de glyphosate dans les urines de 99,6 % des habitants testés en 2019, un chiffre qui illustre l’omniprésence du produit dans l’environnement. Les opposants pointent du doigt les pratiques agricoles intensives, encouragées par des subventions européennes, qui favorisent l’usage massif de pesticides. En 2020, la région Normandie a adopté un plan pour réduire de 50 % l’usage des pesticides d’ici 2030, mais les militants estiment que ces mesures restent insuffisantes face à l’influence des lobbies agrochimiques. Bayer-Monsanto est régulièrement ciblé par des plaintes pour négligence et mise en danger d’autrui, notamment après des condamnations en justice aux États-Unis où des agriculteurs ont obtenu des indemnisations pour des cancers liés au Roundup.
En Indonésie, les contestations contre Bayer-Monsanto concernent principalement les cultures de palmiers à huile, où le glyphosate est massivement utilisé pour désherber les plantations. Des communautés locales, notamment dans la province de Sumatra, rapportent des problèmes de santé (irritations cutanées, troubles respiratoires) et une dégradation des sols après des épandages. En 2021, un rapport de l’ONG Pesticide Action Network Asia Pacific a révélé que 70 % des travailleurs des plantations de palmiers à huile en Indonésie avaient été exposés au glyphosate sans équipement de protection adapté. Le gouvernement indonésien, sous pression internationale, a annoncé en 2022 un moratoire sur l’importation de certains pesticides, mais Bayer-Monsanto continue d’exporter ses produits vers le pays. Les ONG locales accusent l’entreprise de contourner les réglementations en ciblant des marchés moins stricts, où les normes sanitaires sont moins exigeantes.
Bayer-Monsanto déploie une stratégie globale pour maintenir son hégémonie sur le marché des pesticides, malgré les controverses. L’entreprise mise sur des campagnes de lobbying auprès des institutions européennes et internationales pour influencer les réglementations. En 2023, elle a dépensé plus de 4 millions d’euros en lobbying auprès de l’Union européenne, selon le registre de transparence de la Commission européenne. Parallèlement, Bayer-Monsanto finance des études scientifiques qui remettent en cause les conclusions du CIRC sur la toxicité du glyphosate, tout en promouvant des alternatives présentées comme moins nocives. Cette approche est critiquée par des scientifiques indépendants, qui dénoncent un conflit d’intérêts et une stratégie de désinformation. En Indonésie comme en Europe, les militants soulignent que l’entreprise utilise les mêmes arguments pour justifier l’usage de ses produits, malgré les preuves de leurs effets néfastes.
Face à cette situation, des mouvements citoyens et des collectifs se structurent pour contester l’influence de Bayer-Monsanto. En Normandie, des associations comme *Générations Futures* organisent des campagnes de sensibilisation et des actions en justice contre les épandages. En Indonésie, des communautés locales, soutenues par des ONG internationales, portent plainte contre les plantations pour *atteinte à l’environnement* et *violation des droits humains*. Ces résistances s’inscrivent dans un mouvement plus large de remise en question du modèle agricole industriel, qui repose sur une dépendance aux pesticides. En 2022, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution appelant à une réduction mondiale de l’usage des pesticides, une avancée saluée par les opposants à Bayer-Monsanto. Cependant, l’entreprise continue de bénéficier du soutien de certains gouvernements, notamment ceux des pays producteurs de palmiers à huile, où l’économie locale dépend largement de l’exportation d’huile végétale.

