Les frappes ukrainiennes sur les entrepôts du «Amazon russe» font chuter les ventes en ligne
Les attaques de drones ukrainiens ont sensiblement fragilisé le commerce de détail russe. Les plateformes de vente en ligne avaient pourtant connu un boom depuis le début de la guerre..
Wildberries et Ozon sont les deux principales plateformes de vente en ligne en Russie, souvent comparées à Amazon en raison de leur taille et de leur influence. Ensemble, elles dominent 73 % du secteur du commerce électronique russe, un marché qui a connu une croissance exceptionnelle depuis le début de la guerre en Ukraine. En 2025, ces deux entreprises ont généré un chiffre d'affaires de 13 000 milliards de roubles, soit environ 134,5 milliards d'euros. Leur modèle repose sur des prix bas et une logistique centralisée, permettant aux consommateurs russes d'accéder à une large gamme de produits, allant des vêtements aux articles ménagers, sans subir les effets directs des sanctions internationales ou des hausses d'impôts. Ces plateformes ont ainsi joué un rôle clé dans l'économie russe, en maintenant une apparence de normalité pour les consommateurs malgré le contexte de guerre.
Depuis juillet 2026, l'Ukraine a lancé une série de frappes de drones sur les entrepôts de Wildberries et Ozon, accusant ces plateformes de faciliter indirectement l'effort de guerre russe en permettant le commerce de produits à double usage (civils et militaires). Ces attaques ont visé des mégacentres logistiques situés notamment à Novosemeykino et Kotovsk, causant la destruction de 15 installations et la suspension partielle ou totale de leurs activités. Au total, 23 attaques ont fait 14 morts et détruit environ 1,8 million de mètres carrés d'entreposage pour Wildberries, soit 22 % de sa surface totale. Ces frappes ont également entraîné des pertes financières estimées à 200 milliards de roubles (2 milliards d'euros) pour Wildberries, et entre 450 et 500 milliards de roubles (4,5 à 5 milliards d'euros) pour les vendeurs partenaires, en raison de la destruction des marchandises stockées.
Les frappes ukrainiennes ont provoqué une réduction de 20 % des capacités d'entreposage des deux géants du e-commerce, perturbant gravement leur activité. La Banque centrale de Russie anticipe une baisse de l'offre et une hausse des prix, ainsi qu'une augmentation des coûts logistiques. Les vendeurs ont dû adapter leur modèle économique, souvent en réduisant leurs marges ou en augmentant les tarifs, ce qui a poussé les consommateurs à réduire leurs achats. En août 2026, les ventes en ligne ont chuté de 15 % par rapport à juillet, et les prix des produits ont augmenté. Ces perturbations touchent particulièrement les biens non alimentaires, comme les vêtements ou les articles pour la maison, qui avaient jusqu'alors soutenu la croissance du secteur. Les consommateurs russes subissent donc directement les conséquences de ces attaques, malgré les promesses de mesures de secours de la part des autorités de Moscou.
Avant les frappes, le commerce en ligne en Russie avait connu une croissance spectaculaire, passant de 5 % à 17 % de la part du chiffre d'affaires du commerce de détail depuis le début de la guerre en 2022. Cette expansion était due à un réseau logistique centralisé et à des prix compétitifs, qui avaient permis aux Russes de maintenir un niveau de consommation proche de la normale. Cependant, les attaques ukrainiennes ont mis fin à cette période, en détruisant des infrastructures clés et en perturbant la chaîne d'approvisionnement. Les consommateurs, confrontés à des prix plus élevés et à des ruptures de stock, désertent progressivement les plateformes en ligne. Les experts estiment que le boom du e-commerce en Russie est désormais terminé, et que les acteurs du secteur devront revoir en profondeur leur stratégie pour s'adapter à ce nouveau contexte.

