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Géopolitique

Et si l’Amoc s’effondrait ? Malgré l’incertitude, il faut se préparer

Courrier International · mis à jour 25 sept.

La revue britannique “New Scientist” fait le point, cette semaine, sur la circulation océanique. Avec la crainte grandissante qu’un courant majeur à l’origine du climat tempéré de l’Europe, l’Amoc, ne s’arrête..

Qu'est-ce que l'Amoc

L’Amoc, ou circulation méridienne de retournement de l’Atlantique, est un courant océanique majeur qui agit comme un gigantesque tapis roulant dans l’océan Atlantique. Il transporte l’eau chaude et salée des régions tropicales vers le nord, en surface, puis, une fois refroidie et alourdie, cette eau plonge en profondeur près de l’Arctique avant de redescendre vers le sud. Ce mécanisme redistribue la chaleur sur la planète et joue un rôle clé dans le climat tempéré de l’Europe. Sans lui, les températures hivernales moyennes à Londres pourraient chuter à 2°C, avec des vagues de froid pouvant atteindre –20°C, des conditions comparables à celles d’une ère glaciaire. Les scientifiques surveillent particulièrement ce courant en raison de son influence directe sur les conditions météorologiques en Europe et en Amérique du Nord.

Signes d'essoufflement

Les observations récentes indiquent que l’Amoc montre des signes d’affaiblissement, ce qui suscite des inquiétudes parmi les scientifiques. Plusieurs études, dont celles relayées par la revue New Scientist, soulignent que ce courant pourrait ralentir ou même s’arrêter en raison de l’apport croissant d’eau douce dans l’océan Atlantique. Cette eau douce provient principalement de la fonte accélérée des glaces du Groenland, elle-même causée par le réchauffement climatique. L’ajout d’eau douce réduit la salinité et la densité de l’eau, ce qui perturbe le mécanisme de plongée en profondeur de l’Amoc. Bien que les modèles climatiques divergent encore sur l’ampleur et la rapidité de cet affaiblissement, les spécialistes s’accordent à dire qu’il est urgent de mieux comprendre ce phénomène pour anticiper ses conséquences.

Risques climatiques en Europe

Si l’Amoc s’effondrait, l’Europe subirait des bouleversements climatiques majeurs. Selon New Scientist, les hivers deviendraient extrêmement rigoureux, avec des températures hivernales moyennes chutant à 2°C à Londres, et des vagues de froid pouvant atteindre –20°C dans plusieurs grandes villes européennes comme Amsterdam, Bruxelles, Dublin et Paris. Ces changements s’accompagneraient de sécheresses prolongées tout au long de l’année, rendant l’agriculture difficile, voire impossible dans certaines régions. Les scientifiques prévoient également une augmentation des tempêtes et des événements météorologiques extrêmes. Ces perturbations auraient des répercussions économiques et sociales profondes, notamment sur la production alimentaire et la stabilité des écosystèmes.

Système d'alerte précoce

Face à l’incertitude entourant l’avenir de l’Amoc, des scientifiques britanniques, notamment ceux de l’Aria (un organisme financé par le gouvernement du Royaume-Uni), développent un système d’alerte précoce pour anticiper un éventuel effondrement du courant. Ce système vise à fournir des prévisions actualisées en temps quasi réel, plutôt que d’attendre des décennies pour obtenir des résultats. L’objectif est de permettre aux décideurs politiques et aux acteurs économiques de se préparer aux conséquences climatiques et d’investir dans des mesures d’adaptation. Ce projet, prévu pour être opérationnel d’ici 2030, permettrait de mieux évaluer les risques et de planifier des stratégies pour limiter l’impact d’un effondrement de l’Amoc.

Enjeux scientifiques et incertitudes

Les scientifiques reconnaissent que les prévisions concernant l’Amoc restent incertaines en raison de la complexité des mécanismes océaniques et climatiques. Les modèles actuels ne s’accordent pas sur la probabilité, le calendrier ou même la possibilité d’un effondrement total du courant. Certains estiment que l’Amoc pourrait simplement ralentir, tandis que d’autres craignent un arrêt brutal. Ces divergences s’expliquent par le manque de données historiques et la difficulté à modéliser des phénomènes aussi vastes et interconnectés. Malgré ces incertitudes, les experts insistent sur la nécessité de se préparer à tous les scénarios, y compris les plus pessimistes, afin de minimiser les risques pour les populations et les économies.

Ce que ça pourrait changer

La fonte des glaces du Groenland est un facteur clé dans l’affaiblissement potentiel de l’Amoc. En 2026, cette fonte s’accélère sous l’effet du réchauffement climatique, libérant d’énormes quantités d’eau douce dans l’océan Atlantique. Cette eau douce, moins salée et moins dense que l’eau de mer, perturbe le mécanisme de plongée en profondeur de l’Amoc, essentiel à son fonctionnement. Les scientifiques estiment que la surveillance de cette fonte est cruciale pour évaluer l’état de santé du courant. Des organismes comme l’Aria utilisent ces données pour affiner leurs prévisions et développer des outils d’alerte précoce, permettant ainsi une meilleure anticipation des changements climatiques.

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