Glyphosate : « Monsanto a construit de la fausse science pour vendre son pesticide »
Fausses études, scientifiques menacés et contraints au silence... Monsanto a usé d'un lobbying intense pour maintenir la vente de son pesticide néfaste.
Le glyphosate est le pesticide le plus utilisé au monde, commercialisé notamment sous le nom de Roundup par l’entreprise Monsanto. En France, malgré la promesse d’Emmanuel Macron en 2017 d’interdire ce produit « au plus tard dans trois ans », le pays reste le premier consommateur européen de glyphosate. Ce désherbant est classé « cancérogène probable pour l’humain » depuis 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pourtant, son utilisation persiste malgré les mobilisations citoyennes et les alertes scientifiques. La bande dessinée La Bataille du glyphosate, publiée en septembre 2026, retrace les coulisses de ce scandale sanitaire et politique, révélant les stratégies industrielles pour maintenir sa commercialisation.
Dès les années 1980, des études scientifiques aux États-Unis ont alerté sur la dangerosité du glyphosate, mais Monsanto a réussi à étouffer ces résultats. L’entreprise a commandé une étude parallèle en utilisant les mêmes cobayes, puis a discrédité les conclusions initiales en invoquant un biais (une souris malade). Cette méthode illustre la fabrique du doute, une stratégie visant à semer la confusion en remettant en cause systématiquement les études défavorables. Monsanto a également eu recours à une pratique appelée ghostwriting (écriture fantôme) : des scientifiques renommés signaient des études tronquées rédigées par l’entreprise, en échange de sommes d’argent. Ces documents ont été révélés en 2017 lors de la diffusion des Monsanto Papers, des millions de documents internes déclassifiés à la demande de la justice américaine.
En 2015, le CIRC a classé le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’humain », une décision qui a provoqué une réaction violente de Monsanto. La firme a qualifié le travail du CIRC de « science pourrie » et a exercé des pressions sur les quinze scientifiques impliqués, en les menaçant de poursuites judiciaires. Certains chercheurs ont été intimidés via des campagnes en ligne agressives, utilisant de faux comptes pour nuire à leur réputation. Ces méthodes visaient à discréditer les experts et à empêcher toute régulation stricte du glyphosate. La bande dessinée révèle que certains scientifiques ont refusé de témoigner par crainte de représailles.
Monsanto a investi massivement dans des stratégies d’influence pour éviter une interdiction du glyphosate en Europe. En 2016, l’entreprise a signé un contrat de 14 millions d’euros avec l’agence de communication FleishmanHillard, spécialisée dans la manipulation de l’opinion. Cette agence a créé de fausses mobilisations citoyennes, comme le groupe « Agriculture et Liberté », qui a recruté des agriculteurs à leur insu lors du Salon de l’agriculture à Paris. Les participants étaient ensuite incités à signer des pétitions et des tribunes, sans savoir qu’ils étaient manipulés par Monsanto. Ces actions visaient à influencer le vote de la Commission européenne sur le renouvellement de l’autorisation du glyphosate, qui a finalement été prolongée pour cinq ans en 2017, puis pour dix ans en 2023.
Le glyphosate a causé des dommages sanitaires à de nombreuses personnes, comme Jean-Claude Terlet, un viticulteur de l’Aisne atteint d’un cancer de la prostate après trente ans d’exposition au produit. En 2017, il a porté plainte contre Monsanto pour « empoisonnement », mais la procédure judiciaire s’est transformée en un parcours du combattant. Les avocats de Monsanto ont multiplié les contre-expertises humiliantes, comme des tests dégradants où Terlet devait uriner devant des experts, suspecté de ne pas fournir sa propre urine. Après près de dix ans de combat, il se dit épuisé et isolé face à un géant industriel. Aux États-Unis, des milliers de victimes ont obtenu gain de cause, comme Dewayne Johnson, un jardinier condamné à percevoir 17 millions d’euros de dommages et intérêts. Bayer, qui a racheté Monsanto en 2018, a dû signer un accord à 6 milliards d’euros en 2026 pour mettre fin à ces recours.
Les lobbies de l’industrie agrochimique, comme Monsanto, occupent une place centrale dans les institutions européennes depuis la création de l’Union européenne. Ils sont souvent consultés pour co-construire des décisions, malgré les conflits d’intérêts évidents. En parallèle, la science académique et les ONG peinent à se faire entendre, leurs avis étant marginalisés face à l’influence des géants de l’agrochimie. Cette domination des lobbies explique pourquoi des produits comme le glyphosate, malgré leurs dangers avérés, continuent d’être autorisés. La bande dessinée *La Bataille du glyphosate* met en lumière cette asymétrie de pouvoir, où les intérêts économiques priment sur la santé publique et l’environnement.

