L’âme d’expérimentateur de Michel Dalberto
Deux pianos différents ont servi l’art de Michel Dalberto à la salle Bourgie..
Le 29 septembre 2026, le pianiste français Michel Dalberto a donné un récital à la salle Bourgie de Montréal dans le cadre de la série Pianistes d’exception. Ce concert, divisé en deux parties distinctes, alternait entre des œuvres françaises (Ravel, Debussy, Franck) et des compositions de Liszt. Une particularité de cette soirée résidait dans l’utilisation de deux pianos différents : un Steinway de New York pour la première partie et un Steinway de Hambourg pour la seconde, acquis quelques saisons plus tôt par la salle Bourgie. Cette approche a été qualifiée d’expérimentale par le critique Christophe Huss, car elle a créé une rupture dans l’écoute et l’interprétation des morceaux.
Le Steinway de New York, utilisé pour Ravel, Debussy et Franck, a été décrit comme un piano au son ouvert et très brillant, mais manquant de nuances et de profondeur. À l’inverse, le Steinway de Hambourg, joué après la pause pour Liszt, a été salué pour sa sobriété, sa force et son équilibre, offrant une qualité sonore supérieure. Le critique a comparé cette expérience à un repas gastronomique où un filet mignon servi avec une sauce aux morilles (le Hambourg) aurait été remplacé par une demi-tranche de rumsteak à la sauce brune (le New York), illustrant ainsi le contraste saisissant entre les deux instruments.
La première partie du récital, dédiée à Ravel, Debussy et Franck, a révélé des limites liées au choix du piano. La Sonatine de Ravel, par exemple, a été critiquée pour son manque de nuances, notamment dans les indications piano (jouer très doucement) et pianissimo subito (devenir soudainement très doux). Le critique a souligné que ces subtilités étaient noyées dans un son trop puissant et peu nuancé. En revanche, Debussy a été mieux servi par ce piano, grâce à son son ouvert et brillant, qui a mis en valeur les sonorités lumineuses de Reflets dans l’eau (extraite des Images). Franck, avec sa fugue, a également tiré parti des caractéristiques du New York, permettant une interprétation dynamique et généreuse.
Après la pause, le Steinway de Hambourg a permis à Michel Dalberto de déployer une interprétation plus aboutie, notamment pour Liszt. Le critique a noté une maîtrise pianistique, une puissance et une exaltation remarquables dans les Réminiscences de Norma et les Réminiscences de Boccanegra, deux œuvres rarement jouées. Bien que le pianiste ait semblé moins à l’aise dans Bénédiction de Dieu dans la solitude, cette partie du concert a été qualifiée de fascinante, culminant dans une interprétation captivante des œuvres lisztiennes. Le choix du Hambourg a ainsi révélé tout son potentiel pour les pièces exigeant une grande précision et une palette dynamique étendue.
Le critique a souligné que l’utilisation de deux pianos différents posait question. Si le *New York* a permis de mettre en valeur certaines qualités des œuvres françaises, notamment Debussy, le *Hambourg* aurait pu offrir une interprétation encore plus riche pour ces mêmes morceaux. Le choix de changer de piano entre les deux parties a ainsi créé une rupture dans l’écoute, rendant difficile la recomposition d’un tout cohérent. Malgré cela, la soirée a été marquée par la performance exceptionnelle de Michel Dalberto, capable de s’adapter à ces contraintes et de tirer le meilleur parti des deux instruments.

