Les parcomètres de la discorde arrivent à L’Assomption
Commerçants et citoyens tirent à boulets rouges sur l'arrivée des parcomètres à L'Assomption, lundi..
La municipalité de L'Assomption, située dans la région de Lanaudière au Québec, installe des parcomètres électroniques dans son centre-ville à partir du 19 octobre. Ces appareils remplacent le stationnement gratuit et utilisent des codes QR pour le paiement via une application mobile. Le système est fourni par l'entreprise Copilote+, déjà utilisée dans d'autres villes comme Québec. Le coût initial d'installation s'élève à environ 100 000 $, avec des revenus annuels estimés à 400 000 $ pour la ville. L'objectif affiché est de réguler le stationnement dans un secteur confronté à des problèmes de saturation, notamment en raison de la présence du Cégep de Lanaudière (2 200 étudiants) et du Collège de L'Assomption, dont les infrastructures de stationnement sont insuffisantes pour répondre à la demande.
Le centre-ville de L'Assomption, caractérisé par des rues étroites et un patrimoine historique datant de 1717, souffre d'un manque chronique de places de stationnement. Le méandre (secteur ceinturé par la rivière) concentre les tensions, avec des étudiants du cégep qui se garent dans les rues résidentielles ou commerciales faute d'alternatives. Par exemple, seulement 1 % des 2 200 étudiants du cégep peuvent se stationner sur place. Des résidents comme Clothilde Belzil, qui habite la rue Dorval depuis 13 ans, reçoivent régulièrement des demandes de location de leur espace privé. La municipalité justifie cette mesure par le principe de l'utilisateur-payeur, visant à favoriser la rotation des véhicules et à améliorer l'accès aux commerces.
Le projet de parcomètres suscite une forte opposition parmi les commerçants, les citoyens et les visiteurs. Une pétition citoyenne intitulée NON AUX PARCOMÈTRES ET AU STATIONNEMENT ÉTAGÉ DE 400 PLACES EN BÉTON a recueilli 2 700 signatures, et 42 commerces (soit 92 % des places d'affaires du méandre) ont signé une lettre d'opposition. Les inquiétudes portent sur plusieurs aspects : la baisse de fréquentation des commerces locaux déjà fragilisés par un contexte économique difficile, la complexité du système pour les personnes âgées (20 % de la population), et la gestion des données personnelles. Par exemple, les commerçants craignent que les clients boycottent la ville, comme en témoigne une entrepreneure anonyme : Tous les commerçants sont contre, et des clients nous font leurs adieux depuis des mois.
Le système de parcomètres électroniques repose sur une application mobile et des codes QR, nécessitant l'enregistrement des numéros de plaque d'immatriculation et le paiement par carte de crédit. Cette digitalisation inquiète les usagers, notamment les personnes âgées comme Hélène Bourque (71 ans), qui déclare : J'ai rien compris sur les informations envoyées par la poste. La technologie me dépasse. Les commerçants comme Amélie Bédard Samson s'inquiètent aussi des risques de fuites de données : Tout le monde se fait hacker ! Pourquoi donner mes données personnelles pour un stationnement ? Le maire Sébastien Nadeau a reconnu que la communication autour du projet a été insuffisante, bien que l'entreprise Copilote+ affirme que ses systèmes informatiques sont sécurisés.
La Ville de L'Assomption a été critiquée pour son manque de transparence dans la prise de décision. Aucune consultation publique officielle n'a été organisée avant l'adoption du projet le 9 juin, bien que des cafés citoyens informels aient eu lieu quelques fois par an. Les citoyens et commerçants se sentent ignorés, comme en témoigne Josée Collin, coiffeuse : On a essayé de contester, mais la décision était déjà prise. On n’avait pas notre mot à dire. Le maire Sébastien Nadeau, en poste depuis novembre 2017, défend sa gestion en affirmant agir de manière responsable, tout en reconnaissant que la communication aurait pu être améliorée : C'est l'un des enjeux qu'on aurait pu améliorer.
Pour atténuer les tensions, la Ville a annoncé plusieurs mesures complémentaires. À court terme, 200 nouvelles places de stationnement payantes seront ajoutées dès le 19 octobre, notamment derrière le Théâtre Hector-Charland et au cimetière. À plus long terme, des *appels d'offres* seront lancés pour évaluer la faisabilité d'un *stationnement étagé* (400 places en béton) sur le terrain du cégep. Le maire précise que ces infrastructures ne seront pas financées par les citoyens, mais par les revenus générés par les parcomètres. Enfin, un employé de la Ville sera présent dans un pavillon d'information pour assister les usagers lors de la mise en place du système.

