Le MIT découvre que des personnes privées de parole raisonnent normalement : la logique vivrait ailleurs dans le cerveau
Des neuroscientifiques du MIT montrent que des patients ayant perdu l'usage du langage après un AVC conservent intactes leurs capacités de raisonnement logique, remettant en cause un lien supposé entre mots et pensée..
Une équipe de neuroscientifiques du Massachusetts Institute of Technology (MIT), un prestigieux institut de recherche américain basé à Cambridge, a mené une étude révélant que des patients ayant perdu l'usage de la parole à la suite d'un AVC (accident vasculaire cérébral) conservent des capacités de raisonnement logique intactes. Cette découverte contredit une hypothèse ancienne selon laquelle le langage serait indispensable à la pensée. L'étude, publiée dans la revue scientifique Nature, s'appuie sur des observations réalisées auprès de patients ayant subi des lésions cérébrales spécifiques affectant uniquement les zones du cerveau liées au langage, sans altérer d'autres fonctions cognitives.
Les chercheurs ont étudié des patients ayant subi un AVC, un trouble causé par l'interruption de l'irrigation sanguine dans une partie du cerveau, entraînant la mort des cellules nerveuses. Dans ce cas précis, les AVC ont endommagé des régions cérébrales essentielles pour le langage, comme l'aire de Broca ou l'aire de Wernicke, sans affecter d'autres zones impliquées dans la logique ou le raisonnement. Ces patients, bien qu'incapables de parler ou de comprendre le langage oral ou écrit, ont démontré une capacité à résoudre des problèmes logiques, à prendre des décisions et à effectuer des tâches nécessitant une réflexion structurée, comme classer des objets ou résoudre des énigmes.
Les résultats de l'étude suggèrent que la logique et le raisonnement ne dépendent pas exclusivement des zones du cerveau dédiées au langage. Selon les chercheurs, ces fonctions cognitives complexes pourraient être traitées par d'autres régions cérébrales, comme le cortex préfrontal ou les ganglions de la base, qui ne sont pas directement liés à la production ou à la compréhension des mots. Les neuroscientifiques ont utilisé des tests standardisés pour évaluer les capacités logiques des patients, comme des problèmes de syllogismes ou des tâches de catégorisation, et ont observé des performances comparables à celles de personnes sans lésion cérébrale.
Cette découverte remet en question une théorie largement répandue en neurosciences, selon laquelle le langage serait un outil fondamental pour structurer la pensée. Historiquement, des philosophes comme Ludwig Wittgenstein ou des scientifiques comme Benjamin Lee Whorf avaient émis l'hypothèse que la langue influence profondément la manière dont nous percevons et raisonnons. Cependant, les résultats du MIT indiquent que le raisonnement peut exister et fonctionner de manière autonome, indépendamment des capacités linguistiques. Cette étude ouvre de nouvelles perspectives sur la compréhension des mécanismes cérébraux sous-jacents à la pensée et au langage.
Les implications de cette étude pourraient être majeures pour plusieurs domaines, notamment la rééducation des patients aphasiques (personnes ayant perdu tout ou partie de leur capacité à parler ou comprendre le langage) et la compréhension des troubles neurologiques. Les chercheurs du MIT soulignent que ces résultats pourraient aider à développer des méthodes de rééducation ciblant spécifiquement les zones cérébrales non endommagées, en exploitant les capacités logiques préservées des patients. De plus, cette découverte pourrait influencer les recherches en intelligence artificielle, en inspirant des modèles de raisonnement qui ne dépendent pas du langage pour fonctionner.

