«Enfin te voilà (Britney Spears)»: Britney en route vers la liberté
La pièce de Marie-Hélène Larose-Truchon aborde les ravages du patriarcat sur le mode de la dérision..
Le spectacle _Enfin te voilà (Britney Spears)_, présenté à l’Espace Go à Montréal, ne constitue pas une biographie classique ni un hommage drag à la chanteuse. La dramaturge Marie-Hélène Larose-Truchon, lauréate du prix Gratien-Gélinas en 2021 pour _Le jardin d’Éden_, explore plutôt ce que Britney Spears incarne comme symbole culturel. L’article précise que l’œuvre s’intéresse aux représentations, aux mythes et aux archétypes associés à la chanteuse, plutôt qu’à sa vie réelle. Sophie Cadieux, qui joue le rôle principal, incarne une version fictive et généralisée de Britney Spears, inspirée de différentes époques de sa carrière et de ses difficultés.
Le spectacle dépeint Britney Spears comme une figure archétypale de la femme persécutée par l’industrie musicale, les médias et son propre père. Ce dernier, Jamie Spears, est symbolisé sur scène par l’homme au complet noir, interprété par Guillaume Tremblay. Le spectacle met en lumière la tutelle abusive que Jamie Spears a exercée sur sa fille pendant 13 ans, de 2008 à 2021. Cette période est souvent résumée par le slogan #FreeBritney, un mouvement militant qui dénonçait les conditions de vie de la chanteuse sous cette tutelle. Le spectacle s’inspire de cette histoire pour illustrer la pression subie par les célébrités, notamment les femmes, dans une industrie dominée par des logiques patriarcales.
Britney Spears a été réduite, dès ses débuts, à des stéréotypes féminins préétablis : la femme-enfant, puis la vierge, la mère et la prostituée. Ces archétypes sont analysés dans le spectacle à travers le concept des filles en série, emprunté à l’essayiste Martine Delvaux. Ce terme désigne les femmes qui sont transformées en objets de consommation, en marchandises ou en ornements par la société et les médias. Le spectacle montre comment ces stéréotypes limitent la liberté des femmes et comment, malgré tout, certaines parviennent à s’en affranchir, comme Britney Spears qui, à la fin du spectacle, trouve refuge en Patagonie, un lieu où elle n’est plus soumise aux regards et aux attentes extérieures.
Le spectacle met en scène une résistance collective des filles en série contre leur chosification. Les personnages interprétés par Lula Brouillette-Lucien, Stéphanie Cardi, Marie-France Lambert et Dominique Quesnel incarnent cette révolte à travers des scènes variées, mêlant humour, absurdité et symbolisme. Par exemple, les actrices portent des costumes farfelus, comme des maillots de bain ou des tenues de guerre, pour briser les codes imposés. La fin du spectacle montre Britney Spears, libérée de toute pression médiatique, embrassant le sol en Patagonie, un lieu imaginaire où elle retrouve sa liberté. Cette conclusion illustre l’idée que la véritable émancipation passe par un rejet des normes sociales et des attentes imposées.
Le spectacle, d’une durée de 100 minutes et mis en scène par Sébastien David, alterne entre ponctuations musicales et accessoires extravagants pour créer une atmosphère à la fois rocambolesque et engagée. Cependant, l’article souligne que la structure de l’œuvre est inégale et que le fil conducteur est ténu. Malgré la performance des actrices, le spectacle peine à maintenir une cohérence narrative. Le propos, bien que noble, est exprimé de manière redondante et parodique, ce qui peut lasser le public. Le spectacle reste donc une succession de scènes brillantes mais disparates, plutôt qu’une œuvre unifiée.

