Il y a 60 000 ans, Néandertal façonnait massues, lances et conteneurs en bois avec une habileté remarquable, selon des vestiges retrouvés près de Barcelone
Un site archéologique catalan a livré des vestiges en bois façonnés par des Néandertaliens. Parmi eux figurent une massue, des lances et des conteneurs en écorce.
En octobre 2026, l'Institut catalan de paléoécologie humaine et d'évolution sociale a annoncé une découverte exceptionnelle dans le site archéologique d'Abric Romaní, situé près de Barcelone. Ce site a révélé 597 vestiges en bois façonnés par des Néandertaliens il y a entre 62 000 et 40 000 ans. La particularité de ces artefacts réside dans leur conservation remarquable, rendue possible par un phénomène géologique unique : l'eau riche en carbonate de calcium a enrobé les objets, préservant leurs empreintes après la décomposition du bois. Parmi ces vestiges, 13 pièces portent des traces de façonnage intentionnel, révélant des outils comme des massues, des lances et des conteneurs en écorce. Cette découverte remet en question l'image traditionnelle des Néandertaliens, souvent perçus comme des artisans uniquement spécialisés dans la taille de la pierre.
Les outils découverts à Abric Romaní montrent une grande diversité d'usages. Deux lances, dont une mesurant près de deux mètres, présentent des traces évidentes de mise en forme, suggérant qu'elles étaient utilisées pour la chasse ou la défense. Une massue dotée d'un manche et d'une tête asymétrique a également été identifiée, une forme rare pour cette période. Quatre pièces en écorce carbonisée, probablement des conteneurs ou des plateaux, complètent cet ensemble. Ces récipients auraient pu servir à transporter des aliments ou à récolter des végétaux sauvages. Le site a également livré des poteaux structurels, potentiellement utilisés comme supports pour des abris. Plus de 90 % du bois identifié provient de pins sylvestres, une essence choisie pour ses propriétés mécaniques adaptées à ces usages.
La conservation des vestiges en bois à Abric Romaní est exceptionnelle grâce à la géologie du site. L'eau infiltrée dans l'abri rocheux a déposé du carbonate de calcium autour des objets abandonnés par les Néandertaliens. Ce processus a permis de préserver des empreintes précises du bois, parfois à l'échelle cellulaire, après sa décomposition. Cette méthode naturelle de conservation est rare, car le bois se décompose généralement en quelques décennies dans la plupart des sols. Les 597 spécimens découverts sont répartis dans 16 couches archéologiques, couvrant une période d'occupation de 20 000 ans. Les fouilles, menées depuis quarante ans, ont permis de documenter méthodiquement ce corpus, offrant une vision inédite des techniques et des besoins des Néandertaliens.
Abric Romaní se distingue des autres sites archéologiques européens où des outils en bois néandertaliens ont été retrouvés, comme en Allemagne, en Italie ou en Grèce. Aucun autre gisement ne rassemble une telle diversité de fonctions sur une aussi longue période. Les découvertes catalanes associent armes, conteneurs et éléments structurels, révélant une maîtrise avancée du travail du bois. Les technologies modernes, comme la numérisation 3D, permettent désormais de documenter ces vestiges plus rapidement et avec une précision accrue. Les fouilles se poursuivent, et de nouvelles empreintes continuent d'apparaître à mesure que les archéologues explorent d'autres couches sédimentaires. Cette avancée ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre les capacités techniques et culturelles des Néandertaliens.

