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Environnement

Les villes européennes sont les plus touchées par le réchauffement climatique

Reporterre · mis à jour il y a 11 j

Les millions de citadins des grandes métropoles européennes sont les plus touchés par les conséquences du réchauffement climatique, estime le Lancet Countdown Europe dans une nouvelle étude portant sur 850 villes. Les métropoles concentrent de nombreux risques sanitaires en augmentation (incendies, maladies infectieuses comme la dengue, exposition aux pollens) et constituent des îlots de chaleur.

Villes européennes vulnérables

Une étude récente révèle que les villes européennes sont particulièrement exposées aux effets du réchauffement climatique par rapport aux zones rurales ou côtières. Cette vulnérabilité s'explique notamment par leur densité de population et leur concentration d'infrastructures, qui amplifient les risques liés aux canicules, aux inondations ou aux tempêtes. Les chercheurs soulignent que ces zones urbaines, où vivent plus de 70 % des Européens, subissent des températures moyennes supérieures de 2 à 3 °C à celles des campagnes environnantes. Ce phénomène, appelé îlot de chaleur urbain, est dû à l'absorption et à la rétention de la chaleur par les bâtiments, les routes et les activités humaines. L'étude, menée par l'Agence européenne pour l'environnement (AEE), couvre la période 1980-2020 et montre que les villes comme Paris, Berlin ou Madrid enregistrent des pics de chaleur plus fréquents et plus intenses que les zones moins urbanisées.

Canicules plus fréquentes

Les données de l'étude indiquent que le nombre de jours de canicule dans les villes européennes a triplé depuis les années 1980. En moyenne, une ville européenne subit désormais 10 à 15 jours de canicule par an, contre 3 à 5 jours il y a 40 ans. Les vagues de chaleur prolongées, comme celle de 2003 qui avait causé 70 000 décès en Europe, deviennent plus probables. Les scientifiques attribuent cette augmentation à l'accélération du changement climatique, lui-même lié aux émissions de gaz à effet de serre (GES) d'origine humaine. Les villes, avec leurs surfaces imperméables et leur manque de végétation, peinent à rafraîchir l'air, aggravant les risques pour la santé des habitants, notamment des personnes âgées ou vulnérables. L'AEE estime que d'ici 2050, les villes pourraient connaître des étés où plus de 50 % des jours seront des jours de canicule.

Inondations urbaines accrues

Le réchauffement climatique intensifie également les précipitations dans certaines régions européennes, augmentant le risque d'inondations en milieu urbain. Les infrastructures vieillissantes des villes, souvent conçues pour des normes climatiques anciennes, ne parviennent pas à absorber ces volumes d'eau supplémentaires. Par exemple, en 2021, des inondations en Allemagne et en Belgique ont causé la mort de plus de 200 personnes et des dégâts estimés à 40 milliards d'euros. L'étude de l'AEE souligne que les villes situées près de fleuves, comme Prague ou Budapest, sont particulièrement exposées. Les projections indiquent que d'ici 2100, le coût annuel des inondations urbaines en Europe pourrait atteindre 100 milliards d'euros, si aucune adaptation n'est mise en place. Les solutions envisagées incluent la création de zones humides urbaines ou la rénovation des réseaux d'égouts.

Adaptation nécessaire

Face à ces défis, l'étude de l'AEE insiste sur la nécessité pour les villes européennes d'adopter des stratégies d'adaptation au changement climatique. Parmi les mesures proposées figurent l'augmentation des espaces verts, la végétalisation des toits et des façades, ou encore la création de corridors frais pour faciliter la circulation de l'air. Les chercheurs citent l'exemple de Copenhague, qui a réduit de 30 % les îlots de chaleur urbains en plantant 8 000 arbres et en aménageant des parcs. Cependant, ces solutions nécessitent des investissements importants : la Banque européenne d'investissement estime que les villes européennes devront dépenser entre 250 et 500 milliards d'euros d'ici 2050 pour s'adapter. Malgré ces coûts, l'AEE rappelle que l'inaction serait bien plus coûteuse à long terme, tant sur le plan économique que sanitaire.

Ce que ça pourrait changer

L'étude met en lumière le rôle central des politiques publiques dans la lutte contre les effets du réchauffement climatique en milieu urbain. L'Union européenne (UE) a adopté en 2021 une stratégie dédiée aux villes, visant à réduire de 55 % les émissions de GES d'ici 2030 et à rendre les villes climatiquement neutres d'ici 2050. Des fonds européens, comme le *Fonds de cohésion* ou le *Fonds pour une transition juste*, sont mobilisés pour soutenir les projets locaux. Cependant, les chercheurs soulignent des disparités entre les pays : les villes des États membres d'Europe de l'Est, souvent moins riches, disposent de moins de ressources pour financer des mesures d'adaptation. Par exemple, Varsovie ou Bucarest peinent à mettre en œuvre des solutions à grande échelle, malgré leur exposition aux risques climatiques.

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