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Généraliste

Mensonges et intox

Le Devoir · mis à jour 28 sept.

La grande victoire de l’opération caquiste, basée sur des fausses nouvelles, aura été de semer le doute..

Origine de l'article

En février, un texte anonyme publié sur un site américain obscur a proposé des stratégies de déstabilisation du Canada. L’auteur suggérait d’exploiter les revendications autochtones et les mouvements indépendantistes québécois et albertain, mais précisait que ces actions ne seraient efficaces que si Donald Trump attaquait publiquement le Canada, renforçant ainsi l’unité nationale. Aucun élément dans ce texte ne mentionne une ingérence directe dans une élection québécoise. Ce document, qualifié de politique-fiction, n’a pas été pris au sérieux à l’époque, y compris par les médias. Pourtant, il est devenu le point de départ d’une polémique en septembre 2024, lorsque des membres de l’équipe de la première ministre québécoise, Christine Fréchette, ont tenté sans succès d’intéresser des journalistes à ce texte.

Détournement en intox

En septembre 2024, une stratégie de désinformation a été mise en place par l’équipe de Christine Fréchette. Deux « sources » proches de la première ministre, puis un porte-parole de la CAQ (Coalition Avenir Québec, parti au pouvoir), ont affirmé à des journalistes de Québecor que des « informations hautement préoccupantes et troublantes » sur une ingérence américaine avaient été transmises par une autorité fédérale à Québec. Cette version, mensongère, décrivait une rencontre secrète sans téléphone portable. Cependant, la première ministre a ensuite reconnu que c’est son bureau qui avait contacté le gouvernement fédéral, et non l’inverse. Malgré cette rétractation, la machine à intoxication s’est emballée, avec une déclaration publique de Christine Fréchette le vendredi suivant affirmant l’existence de « risques d’ingérence étrangère ». Aucun élément concret ne soutenait ces allégations.

Rôle des médias

Les médias ont largement relayé la fausse information sur une possible ingérence américaine, notamment dans les journaux télévisés et sur les sites d’information. Pourtant, une couverture journalistique rigoureuse aurait dû préciser que la première ministre s’était d’abord dite préoccupée par un article anonyme de février, avant de se rétracter en soirée en admettant l’absence de preuves. Les médias ont accepté le cadre donné par la première ministre, citant même des critiques de ses déclarations, mais sans remettre en cause la prémisse initiale. Le bureau de Mark Carney, premier ministre canadien, a déclaré « prendre très au sérieux l’ingérence étrangère », tout en admettant qu’aucun indice ne permettait de confirmer une influence américaine dans la campagne québécoise.

Impact sur l'opinion

Une rumeur, même démentie, peut avoir un impact durable sur l’opinion publique, surtout auprès des électeurs qui ne suivent pas de près l’actualité. Selon les données citées dans l’article, sur 4,4 millions d’électeurs probables (calculés à partir de la moyenne des trois derniers scrutins), seulement 2,9 millions ont écouté l’un des trois débats. Cela laisse 1,5 million d’électeurs qui se basent sur des conversations informelles, des impressions générales ou des rumeurs pour prendre leur décision. L’objectif de l’intoxication était de semer le doute sur une possible ingérence américaine, notamment en faisant croire à une tentative de financement illégal du Parti québécois (PQ), bien que cela n’ait jamais eu lieu. Le doute, une fois installé, est difficile à effacer, même après des démentis.

Enjeux électoraux

L’article souligne que le déplacement de seulement 1 % des voix peut faire basculer une élection dans certaines circonscriptions clés. Dans le contexte d’une course serrée, une intoxication bien menée peut donc avoir un effet décisif. Si le Parti québécois (PQ) obtient un gouvernement minoritaire le 5 octobre, il sera impossible de prouver que l’intoxication lancée deux jours avant le vote par anticipation en est responsable. Inversement, il sera tout aussi impossible d’affirmer qu’elle n’a eu aucun impact. Christine Fréchette a continué à présenter l’article anonyme de février comme émanant du gouvernement Trump, bien que cela soit faux. Cette stratégie vise à maintenir le doute dans l’esprit des électeurs indécis, même si les faits contredisent les allégations.

Ce que ça pourrait changer

L’article s’inscrit dans le cadre d’une élection québécoise, avec une compétition serrée entre plusieurs partis, dont la CAQ (au pouvoir) et le PQ. Christine Fréchette, première ministre et figure centrale de cette polémique, était auparavant spécialiste des affaires américaines au *CERIUM* (Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal). Son expertise dans ce domaine rend ses déclarations d’autant plus surprenantes, car elle sait pertinemment qu’un article anonyme publié sur un site obscur ne constitue pas une « information sérieuse ». L’article est une chronique signée par Jean-François Lisée, ancien chef du Parti québécois (2016-2018), publiée dans le journal *Le Devoir*, qui défend une pluralité des voix et des idées.

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