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9 Français sur 10 veulent acheter français… mais peu en ont les moyens : l’état des lieux du « made in France »

Presse-Citron · mis à jour 27 sept.

Acheter français est devenu un réflexe revendiqué, mais rarement appliqué. Derrière les bonnes intentions, le made in France fait face à un mur économique bien réel, aggravé par le contexte économique mondial..

Envie vs réalité

En 2026, plus de 9 Français sur 10 déclarent vouloir acheter davantage de produits fabriqués en France, selon une étude Ifop citée par Amazon. Cette préférence s’explique par la perception que ces biens offrent une meilleure qualité, renforcent la souveraineté économique du pays et réduisent l’impact écologique. Cependant, malgré cette forte intention, le pouvoir d’achat des ménages, fragilisé par l’inflation, la hausse des coûts de l’énergie et la tension sur les finances publiques, limite considérablement la capacité à concrétiser ces achats. En effet, les produits fabriqués en France sont souvent plus chers que leurs équivalents importés, en raison notamment du coût élevé du travail et de la facture énergétique en France. Ainsi, l’écart entre l’intention et l’acte d’achat reste significatif.

Labels et certifications

Pour aider les consommateurs à identifier les produits réellement fabriqués en France, plusieurs labels et certifications existent, mais ils ne se valent pas. La mention Fabriqué en France n’est pas un label officiel : elle est apposée par le fabricant lui-même et repose uniquement sur la dernière transformation substantielle du produit en France, sans contrôle externe régulier. Des certifications plus strictes existent, comme Origine France Garantie, qui exige que 50 % du prix de revient unitaire soit français et que le produit acquière ses caractéristiques essentielles en France. D’autres labels, comme France Terre Textile pour le textile, sont encore plus exigeants, avec 75 % des étapes de production réalisées en France. Enfin, le label Entreprise du patrimoine vivant (EPV) récompense un savoir-faire d’excellence, mais ne garantit pas que tous les produits de l’entreprise soient fabriqués en France. Les indications géographiques, initialement réservées à l’alimentaire, protègent désormais aussi des produits manufacturés, comme la porcelaine de Limoges.

Secteurs en tête

Tous les secteurs ne sont pas égaux face à la demande de produits fabriqués en France. L’alimentaire arrive largement en tête, avec 70 % des Français qui achètent des produits locaux pour leur alimentation, devant l’hygiène et les cosmétiques (33 %). La France conserve un avantage dans les cosmétiques grâce à son savoir-faire reconnu en matière de soins et d’ingrédients naturels. En revanche, l’habillement souffre de la concurrence des pays à bas coûts et de la fast-fashion, qui rend les vêtements fabriqués en France trop chers pour la plupart des consommateurs. Certaines marques tentent de s’adapter, comme Le Slip Français, qui a réduit ses coûts de production et baissé ses prix jusqu’à 40 % sur une partie de sa gamme pour rester accessible.

Made in France à l'étranger

Le savoir-faire français conserve une forte attractivité à l’international, notamment en Europe. L’Allemagne reste le premier client de la France, avec 80,9 milliards d’euros d’exportations en 2025, suivie par l’Italie, l’Espagne et la Belgique. Hors d’Europe, les États-Unis restent un marché important, avec 48,3 milliards d’euros d’exportations en 2025, mais leur attractivité est menacée par des droits de douane imposés par l’administration Trump, qui ont fait reculer les ventes de cosmétiques français de 19 % en un an. Malgré ces défis, la France résiste mieux que ses voisins, car elle est moins exposée aux taxes ciblant des secteurs comme l’automobile ou l’acier.

Rôle d'Amazon

Le géant du commerce en ligne Amazon a lancé en 2024 une Vitrine française sur sa plateforme, regroupant 12 millions de références, dont plus d’1 million de produits Fabriqué en France. Cette initiative a permis à des PME et marques emblématiques comme BIC, Tefal, Pyrex ou Novoma de vendre à l’international, générant plus de 4 milliards d’euros de ventes depuis 2024, dont 2,5 milliards en 2025. Cette vitrine sert de levier logistique pour exporter vers des pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie. Cependant, malgré ces efforts, le prix (91 %), le manque de choix (70 %) et l’accessibilité (68 %) restent les principaux freins à l’achat pour les consommateurs français.

Ce que ça pourrait changer

Le *made in France* fait face à un paradoxe : les Français y sont très attachés, mais leur budget limite leur capacité à acheter ces produits. L’avenir de la fabrication française dépendra donc de la capacité des entreprises à produire moins cher, tout en maintenant la confiance des consommateurs et en conquérant de nouveaux marchés à l’étranger. Pour cela, il faudra séduire les acheteurs par la qualité et la compétitivité des prix, tout en continuant à promouvoir le savoir-faire local. Les secteurs comme l’alimentaire et la cosmétique, qui bénéficient déjà d’une forte demande, pourraient servir de tremplin pour renforcer l’industrie manufacturière française.

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