Avec l’envoi de troupes au Tigré, l’Érythrée se rapproche d’une guerre avec l’Éthiopie
Des troupes érythréennes sont entrées dans la région du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie. Quatre ans après la fin de la guerre du Tigré, la flambée des tensions inquiète les Tigréens, marqués par les horreurs de ce conflit qui aurait causé jusqu’à 600 000 morts..
Des troupes de l’Érythrée, pays voisin de l’Éthiopie, ont pénétré dans la région du Tigré, située dans le nord de l’Éthiopie, selon des rapports publiés le 7 octobre 2026. Ces soldats, identifiés par des habitants et des médias locaux comme l’Addis Standard et la BBC Africa, ont été observés dans plusieurs villes, dont Adigrat et Mekele, capitale du Tigré. Des témoignages décrivent des convois de 40 à 60 camions transportant des soldats, ainsi que des armes lourdes comme des canons antiaériens. Ces mouvements militaires surviennent dans un contexte de tensions accrues entre l’Érythrée et l’Éthiopie, quatre ans après la fin d’un conflit dévastateur au Tigré.
La région du Tigré est au cœur d’un conflit qui a opposé, entre 2020 et 2022, le gouvernement fédéral éthiopien, dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed, au Front populaire de libération du Tigré (TPLF), un groupe armé local. Ce conflit a causé, selon certaines estimations, jusqu’à 600 000 morts. L’Érythrée, dirigée par le président Isaias Afwerki, avait alors soutenu l’Éthiopie contre le TPLF. Cependant, après l’accord de cessez-le-feu de Pretoria signé en novembre 2022, les relations entre les deux pays se sont détériorées. L’Érythrée n’a pas signé cet accord et a rompu ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie en 2026, accusant Addis-Abeba de menacer sa stabilité.
Le ministre de l’Information érythréen, Yemane Meskel, a réagi sur le réseau social X (anciennement Twitter) en niant toute agression, affirmant que l’Éthiopie créait un récit fallacieux pour justifier une guerre d’agression. Il a qualifié les mouvements de troupes de mesures de légitime défense. De son côté, l’Éthiopie accuse l’Érythrée, ainsi que l’Égypte et le Soudan, de soutenir le TPLF, une accusation rejetée par ces trois pays. Les tensions se sont encore aggravées avec la reconquête de Mekele par les forces fédérales éthiopiennes le 2 octobre 2026, après que le TPLF en avait temporairement pris le contrôle.
Ce conflit s’inscrit dans un contexte plus large de rivalités en Afrique de l’Est. L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec environ 120 millions d’habitants, est un acteur clé de la région. Le Tigré, une région montagneuse et stratégique, est une zone de tensions depuis des décennies. La présence de troupes érythréennes pourrait exacerber les divisions ethniques et politiques en Éthiopie, où plusieurs groupes armés s’opposent au gouvernement d’Abiy Ahmed. La Corne de l’Afrique, où se situent l’Éthiopie et l’Érythrée, est une région déjà fragilisée par des conflits internes et des rivalités géopolitiques.
L’entrée des troupes érythréennes au Tigré augmente le risque d’une nouvelle guerre entre l’Érythrée et l’Éthiopie. Les habitants du Tigré, traumatisés par le précédent conflit, expriment leur inquiétude face à cette escalade. Les observateurs craignent que cette situation ne dégénère en un conflit ouvert, d’autant plus que les deux pays s’accusent mutuellement d’attiser les tensions. La communauté internationale, déjà préoccupée par d’autres crises en Afrique, pourrait être appelée à intervenir pour tenter de désamorcer la crise.

