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Géopolitique

Le dilemme de l’opposition israélienne face à Nétanyahou : s’allier ou non avec les partis arabes ?

Courrier International · mis à jour il y a 2 j

À moins de six semaines des élections législatives, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, cherche à faire de toute alliance avec les partis arabes un repoussoir. Une stratégie qui embarrasse son principal concurrent, Gadi Eisenkot, d’autant plus qu’une majorité parlementaire paraît difficile à atteindre sans les élus arabes, d’après les sondages..

Opposition face à Nétanyahou

En Israël, l’opposition au Premier ministre Benyamin Nétanyahou tente de le battre lors des prochaines élections, mais elle se heurte à un dilemme complexe. Pour remporter une majorité à la Knesset (le Parlement israélien), les partis d’opposition doivent obtenir le soutien des partis arabes, comme le Raam dirigé par Mansour Abbas. Cependant, une partie des dirigeants de l’opposition, notamment ceux du parti Yashar mené par Gadi Eisenkot, refuse publiquement de s’allier avec ces partis par crainte de perdre des électeurs ou de subir des critiques. Cette situation crée une tension majeure dans la campagne électorale, car Nétanyahou exploite cette dépendance pour discréditer ses rivaux. Par exemple, une rencontre entre Eisenkot et des élus bédouins du nord d’Israël a été interprétée comme un signe d’ouverture envers Raam, ce qui a déclenché une polémique immédiate.

Dépendance aux voix arabes

La dépendance de l’opposition aux voix des partis arabes, comme Raam, s’explique par la fragmentation du paysage politique israélien. Raam est un parti arabe israélien qui représente principalement les intérêts de la minorité arabe en Israël, soit environ 20 % de la population. Pour former un gouvernement, une coalition doit obtenir au moins 61 sièges sur les 120 de la Knesset. Or, les partis d’opposition traditionnels, comme Yashar, peinent à rassembler une majorité sans l’apport des partis arabes. Cette situation est exacerbée par le fait que Nétanyahou, chef du parti Likoud, a fait de cette alliance un argument électoral en accusant l’opposition de vouloir gouverner avec des partis qu’il présente comme hostiles à l’État d’Israël. Ainsi, le débat sur la légitimité de ces alliances divise profondément la société israélienne.

Piège électoral de Nétanyahou

Benyamin Nétanyahou a stratégiquement transformé la question des alliances avec les partis arabes en un piège politique pour ses adversaires. Selon la journaliste Merav Batito, Gadi Eisenkot, leader de l’opposition, a commis une erreur en acceptant de discuter publiquement de cette alliance, ce qui a permis à Nétanyahou de le placer dans une position inconfortable. En effet, Eisenkot a été accusé de vouloir s’allier avec Raam après une rencontre avec des élus bédouins, ce qu’il a démenti avec véhémence. Cette polémique a mis en lumière la difficulté pour l’opposition de concilier ses objectifs électoraux avec les réalités politiques du pays. Nétanyahou utilise cette contradiction pour discréditer Eisenkot et renforcer son propre camp en présentant l’opposition comme divisée et peu fiable.

Enjeux pour l’opposition

Pour Gadi Eisenkot et son parti Yashar, la question de l’alliance avec Raam représente un défi majeur. D’un côté, refuser toute collaboration avec les partis arabes pourrait priver l’opposition de voix cruciales pour battre Nétanyahou. De l’autre, accepter une telle alliance risquerait de braquer une partie de l’électorat, notamment les électeurs de droite ou les modérés qui rejettent toute collaboration avec des partis perçus comme radicaux. Eisenkot se trouve donc sur une corde raide, comme le souligne Merav Batito, où chaque décision peut avoir des conséquences électorales désastreuses. Cette situation illustre les tensions internes au sein de l’opposition, qui doit naviguer entre pragmatisme politique et cohésion idéologique.

Ce que ça pourrait changer

La polémique autour de l’alliance potentielle entre *Yashar* et *Raam* a eu des répercussions immédiates sur la campagne électorale. Le maire de Tuba-Zangariyye, une localité bédouine du nord d’Israël, a affirmé qu’Eisenkot s’était engagé à solliciter Mansour Abbas pour rejoindre une future coalition. Eisenkot a immédiatement démenti ces propos, qualifiant l’information de *mensonge absolu*. Cette affaire a relancé le débat sur la légitimité des alliances avec les partis arabes en Israël, un sujet déjà très clivant. Pour Nétanyahou, cette situation est une aubaine, car elle lui permet de mobiliser son électorat en jouant sur la peur d’une alliance perçue comme dangereuse pour la sécurité ou l’identité nationale d’Israël.

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