Des cadres financiers disciplinés
Les principaux partis politiques en lice comptent principalement sur un contrôle serré des dépenses..
Avant les élections québécoises de 2026, 86 % des Québécois considéraient l’équilibre budgétaire comme un enjeu majeur. Cette préoccupation a été entendue par les cinq principaux partis politiques, qui s’engagent tous à atteindre un déficit zéro d’ici 2030, comme l’exige la loi québécoise. Deux tiers des citoyens préféraient même une réduction des services publics plutôt qu’une hausse des impôts, une préférence reflétée dans les propositions des partis. Tous promettent également de réduire la dette nette, sauf Québec solidaire (QS), qui vise une cible de 32,5 % du PIB pour 2037-2038. Ces engagements sont détaillés dans des cadres financiers publiés tôt dans la campagne, basés sur les données officielles et analysés par la vérificatrice générale du Québec.
Pour atteindre leurs objectifs, les partis misent sur un contrôle strict des dépenses publiques, avec des hausses annuelles moyennes bien inférieures au passé. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) prévoit une augmentation de seulement 0,7 % par an, tandis que QS propose 3,6 %. Les autres partis (PQ, PLQ, CAQ) se situent entre 1,9 % et 2,4 %, soit en dessous ou proche de l’inflation projetée à 2,3 %. Ces taux sont bien inférieurs à la croissance moyenne des dépenses des dix dernières années (6 %) et même à celle des années 2010 (2,3 %) ou des années 1990 (0,3 %). La vérificatrice générale souligne que ce contrôle serré sera un défi exigeant, car il pourrait entraîner des réductions de budgets dans 13 des 25 ministères, avec des gels ou des baisses pour la plupart.
Les partis proposent des réductions importantes des effectifs dans la fonction publique pour réaliser des économies. La Coalition avenir Québec (CAQ) vise 2 900 suppressions de postes, le Parti libéral du Québec (PLQ) 12 000, et le PCQ jusqu’à 20 000. Le Parti québécois (PQ) propose une baisse de 2,5 % des coûts de rémunération, ce qui équivaut à environ 25 000 postes selon les estimations. Seul QS ne prévoit pas de coupes dans les effectifs. Ces annonces visent souvent des postes administratifs, perçus comme moins visibles pour les citoyens. En 2024-2025, la fonction publique comptait 80 411 équivalents temps complet, tandis que le secteur parapublic (santé, éducation) en comptait 524 866. Les partis misent sur l’attrition (départs naturels) et les départs volontaires pour atteindre leurs cibles.
Les partis comptent sur des gains d’efficacité pour limiter l’impact des réductions de dépenses sur les services publics. Cependant, des experts comme Emna Braham, de l’Institut du Québec (IdQ), mettent en garde : les transformations organisationnelles ou technologiques entraînent souvent des coûts initiaux avant de générer des économies. Les partis promettent aussi un grand ménage dans les subventions aux entreprises et les crédits fiscaux aux particuliers. Le gouvernement Legault a déjà réalisé des économies de 30 % dans ce domaine, mais les marges de manœuvre restantes sont limitées. Ces mesures pourraient donc avoir un impact limité sur les finances publiques.
Un autre enjeu majeur est le déficit d’entretien des infrastructures (hôpitaux, écoles, routes), souvent mal compris dans le débat. Pour atteindre la cible de dette de 32,5 % du PIB en 2038, le gouvernement devrait réduire de 40 % ses investissements nets en immobilisations sur neuf ans, ce qui aggraverait l’état des infrastructures existantes. La CAQ, le PLQ et QS proposent d’augmenter légèrement ces investissements et de consacrer une part plus importante aux réparations plutôt qu’aux nouveaux projets. La Chaire en fiscalité et finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke souligne que, sur le papier, les propositions des partis balancent financièrement, mais leur mise en œuvre sera complexe.
La CFFP a analysé les cadres financiers des partis et félicite leur transparence, notamment pour avoir publié leurs chiffres tôt et basé leurs prévisions sur les données officielles. Tous les partis ont intégré le message d’une *absence de marge de manœuvre financière* pour le gouvernement québécois. Cependant, des experts comme Luc Godbout (CFFP) et François Delorme (Université de Sherbrooke) soulignent que les promesses de gains rapides d’efficacité ou de réductions de postes pourraient être difficiles à tenir sans impacter les services publics. La vérificatrice générale a également mis en garde contre les risques de ces compressions, notamment sur l’entretien des infrastructures.

