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Géopolitique

À l’aéroport d’Istanbul “le menu est plus cher qu’un billet d’avion”

Courrier International · mis à jour il y a 14 j

Les prix pratiqués par les commerces à l’intérieur de l’aéroport d’Istanbul font bondir les voyageurs et la presse turque. Cette hausse serait le fruit d’une inflation galopante, mais aussi une manière de profiter de la forte affluence et de l’afflux de touristes..

Prix exorbitants à Istanbul

Les commerces situés à l’intérieur de l’aéroport international d’Istanbul pratiquent des prix jugés anormalement élevés par les voyageurs et les médias turcs. Par exemple, une enseigne de restauration rapide, Pasa Döner, propose un menu composé d’un sandwich, d’une boisson et d’un dessert pour 53 euros, soit le prix d’un billet d’avion en classe économique sur certaines lignes. La formule la moins chère de ce même menu coûte 37 euros. Ces tarifs dépassent largement ceux observés dans les aéroports européens, où un menu similaire coûte généralement entre 10 et 20 euros. Les voyageurs et les Turcs s’indignent de cette situation, d’autant que ces prix sont pratiqués dans un contexte d’inflation élevée dans le pays.

Inflation et inégalités

Cette hausse des prix s’inscrit dans un contexte économique marqué par une inflation galopante en Turquie. Depuis plusieurs années, le pays subit une augmentation généralisée des prix, réduisant le pouvoir d’achat des citoyens. Les portions servies dans les restaurants, autrefois généreuses et abordables, sont désormais plus petites pour un coût équivalent. Les 53 euros du menu de Pasa Döner représentent plus de 10 % du salaire minimum turc, qui s’élève à environ 500 euros par mois. Les médias turcs, comme le quotidien Cumhuriyet, y voient une illustration des inégalités croissantes au sein de la société turque, où les plus aisés peuvent se permettre ces prix, tandis que les classes populaires sont exclues de ces lieux.

Rôle du consortium IGA

L’aéroport international d’Istanbul, inauguré en 2018, est exploité par le consortium IGA, qui comprend notamment deux grandes entreprises du bâtiment turques. Ce consortium a été critiqué par l’opposition politique, car ses dirigeants sont accusés d’être proches du pouvoir en place, ce qui leur permettrait d’obtenir des contrats publics avantageux. L’aéroport, classé sixième au monde en nombre de passagers internationaux, est en pleine expansion pour porter sa capacité d’accueil de 90 à 120 millions de passagers par an, avec un objectif de 200 millions à terme. Cette affluence record explique en partie pourquoi les commerces situés dans l’enceinte de l’aéroport peuvent pratiquer des prix élevés, profitant de la forte demande des voyageurs.

Réactions et critiques

Les prix pratiqués à l’aéroport d’Istanbul ont suscité des réactions vives dans la presse turque et sur les réseaux sociaux. Le quotidien Nefes, proche du pouvoir, a titré : « Plus cher de manger au fast-food de l’aéroport que de prendre un billet d’avion ». Un universitaire turc a dénoncé sur le réseau social X une politique visant à « arnaquer les touristes », rappelant que la cuisine turque était autrefois réputée pour son accessibilité et sa générosité. Les médias soulignent également que ces tarifs élevés contrastent avec la réputation historique de la Turquie, où les repas étaient traditionnellement bon marché et copieux.

Ce que ça pourrait changer

La Turquie a connu une période où ses prix étaient moins élevés qu’en Europe, avec une cuisine locale fière de son abondance et de son accessibilité. Cependant, depuis une décennie, les prix ont fortement augmenté, réduisant cet avantage comparatif. En avril 2025, l’aéroport d’Istanbul avait déjà été pointé du doigt par une enquête du *Corriere della Sera*, qui révélait des tarifs exorbitants, comme des lasagnes à 24,5 euros ou une bière à 17,5 euros. Ces hausses répétées reflètent une économie turque en difficulté, marquée par une inflation persistante et une monnaie locale, la livre turque, en forte dépréciation face aux devises étrangères.

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