Mi-mandat de Susan Holt au N.-B. : deux ans de gouvernement libéral à l’encre rouge
Susan Holt croit que la province peut se permettre des déficits; l'opposition juge cela irresponsable..
Depuis son arrivée au pouvoir en 2024, la première ministre libérale du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, a enregistré des déficits budgétaires historiques. Contrairement à leur promesse électorale d’équilibrer le budget chaque année, les libéraux ont cumulé près de 3 milliards de dollars de déficits en deux ans, sans prévoir de retour à l’équilibre. Le déficit pour 2025-2026 atteint 1,3 milliard de dollars, et celui de 2026-2027 est estimé à plus de 1,6 milliard. Susan Holt justifie ces déficits par la nécessité d’investir dans les services publics, notamment les soins de santé, face à une population en difficulté financière. Cependant, l’économiste Richard Saillant critique cette approche, soulignant que la province était dans une situation financière enviable avant la pandémie et que cette trajectoire est insoutenable. Il estime que si rien n’est fait, le Nouveau-Brunswick pourrait se retrouver en situation de faillite dès le milieu des années 2030.
Le ratio dette/PIB (Produit Intérieur Brut) du Nouveau-Brunswick reste le plus bas à l’est de la Saskatchewan, un argument avancé par Susan Holt pour justifier les déficits. Cependant, Richard Saillant rappelle que ce ratio ne reflète pas la trajectoire actuelle : la province s’endette à un rythme de 2 milliards de dollars par an, ce qui entraînera des intérêts annuels de près de 100 millions de dollars pour les contribuables. Pour réduire les dépenses, le gouvernement a annoncé des décisions difficiles, dont une réduction de 12 % de la fonction publique sur trois ans, soit la suppression de 1 296 postes et des économies de 100 millions de dollars. À ce jour, 222 postes ont déjà été éliminés, générant 16 millions d’économies. Richard Saillant critique cette mesure, estimant qu’elle est insuffisante : le nombre de fonctionnaires par habitant a augmenté de 50 % depuis la pandémie, passant de 12 à 18 pour 1 000 habitants, alors que dans les autres provinces, cette augmentation est quasi nulle.
Le gouvernement Holt a mis en place plusieurs mesures qui ont suscité des polémiques. Parmi elles, l’élimination des services provinciaux de vétérinaires, la cession de certains parcs et sites historiques, et le gel des subventions aux établissements postsecondaires. Ces mesures, selon Richard Saillant, ne représentent qu’une infime partie des économies nécessaires pour redresser les finances publiques. Le gouvernement a également relancé la question du moratoire sur le gaz de schiste, une initiative non prévue dans sa plateforme électorale initiale. Les membres du Parti libéral avaient même voté pour un moratoire permanent en 2024, mais Susan Holt a changé de position, suscitant des critiques, notamment de Megan Mitton, députée verte, qui accuse le gouvernement de trahir ses promesses écologiques. Par ailleurs, la construction d’une nouvelle centrale électrique au gaz naturel et au diesel à Tantramar a également été critiquée.
L’accès aux soins de santé était une promesse centrale du gouvernement Holt, qui visait à ouvrir 30 nouvelles cliniques de soins communautaires d’ici 2028. À ce jour, 22 cliniques ont été ouvertes. Ces cliniques, comme celles de soins en collaboration, regroupent plusieurs professionnels de santé (médecins, infirmiers praticiens, travailleurs sociaux) pour répondre aux besoins des communautés. Le Dr Carl Boucher, président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick, salue ces initiatives et souligne que le nouveau contrat de travail signé avec les médecins, prévoyant des hausses de salaire de 30 % sur quatre ans, a permis d’attirer et de retenir davantage de médecins. Cependant, l’opposition, représentée par Glen Savoie, estime que l’accès aux soins primaires s’est dégradé, avec moins de patients ayant accès à un médecin de famille. Le vérificateur général de la province a également pointé des lacunes dans la planification et la gouvernance de ces cliniques.
Le gouvernement Holt a tenu ou partiellement tenu la majorité de ses promesses électorales, comme la mise en place d’un programme universel de petits-déjeuners gratuits, le plafonnement de l’augmentation des loyers, ou encore la prime de rétention pour les infirmières. Gabriel Arsenault, professeur en science politique à l’Université de Moncton, souligne que seulement deux promesses ont été abandonnées : l’équilibre budgétaire et la suppression de la taxe sur l’essence. Cependant, certaines mesures, comme l’abolition de la taxe provinciale sur les factures d’électricité, n’ont pas atteint leur objectif initial. Le ministre des Finances a reconnu que cette mesure n’a pas aidé les ménages les plus modestes, mais plutôt ceux qui n’en avaient pas besoin. Glen Savoie, chef de l’opposition, critique cette approche, estimant que le gouvernement n’a pas amélioré l’abordabilité pour la majorité des citoyens.
Les deux prochaines années seront déterminantes pour le gouvernement Holt, notamment avec l’arrivée de Daniel Allain à la tête du *Parti progressiste-conservateur*, succédant à Blaine Higgs. Daniel Allain, perçu comme plus modéré et sympathique aux francophones, a déjà exprimé des positions plus agressives sur l’exploitation des ressources naturelles, notamment le gaz de schiste, et sur la réduction de la dette publique. Gabriel Arsenault, politologue, estime que la dynamique politique pourrait évoluer vers un clivage *gauche-droite* plutôt que linguistique, comme ce fut le cas sous Blaine Higgs. Les enjeux énergétiques, avec l’augmentation des coûts d’électricité et les projets de centrale au gaz ou de développement nucléaire, risquent de diviser davantage la population et de devenir un sujet majeur de débat politique.

