Le Domaine Villa Maria n’est pas Blue Bonnets
On ne doit pas chercher à résoudre un problème en en créant un plus complexe..
Le Domaine Villa Maria, situé sur le flanc ouest du mont Royal à Montréal, est mis en vente par les sœurs de la Congrégation Notre-Dame (CND). Ce site historique, composé d’un grand espace vert et de bâtiments patrimoniaux, suscite des inquiétudes quant à son avenir. L’article rappelle un précédent similaire en 1974-1975, lorsque la maison mère des Sœurs grises avait failli être remplacée par quatre tours de bureaux et de condos, évitant de justesse sa démolition grâce à une mobilisation citoyenne et à l’intervention du gouvernement du Québec. Aujourd’hui, l’Université Concordia a reconverti ce site en Faculté des arts, illustrant une issue positive pour un patrimoine menacé. La vente actuelle du Domaine Villa Maria rappelle cette histoire et pose la question de la préservation des grands ensembles institutionnels à Montréal.
Le Domaine Villa Maria se distingue par son grand espace vert, son allée bordée d’arbres et ses bâtiments historiques, offrant un poumon naturel unique dans son secteur. Contrairement à d’autres sites comme Blue Bonnets (un champ clôturé avec des gradins aujourd’hui démolis), ce domaine possède une valeur patrimoniale et écologique exceptionnelle, notamment en raison de son lien avec le mont Royal, conçu par l’architecte paysagiste Frederick Law Olmsted comme un espace vert essentiel pour une ville densément peuplée. La résidence historique James-Monk, classée monument patrimonial depuis 50 ans, incarne cette singularité. Elle abrite une villa palladienne construite en 1803, ayant servi de résidence à des gouverneurs généraux, dont lord Elgin, et témoigne de l’histoire politique du Canada-Uni au XIXe siècle. Sa préservation est cruciale pour maintenir l’intégrité du site.
Dans un contexte de changements climatiques accélérés, le Domaine Villa Maria joue un rôle stratégique pour la santé physique et mentale des citoyens. Les espaces verts urbains, comme celui-ci, sont essentiels pour atténuer les effets des îlots de chaleur, améliorer la qualité de l’air et favoriser le bien-être. L’article souligne que la perte d’un tel espace vert au profit d’un développement immobilier déséquilibré pourrait aggraver les problèmes environnementaux et sociaux de Montréal. Il insiste sur la nécessité de préserver ces poumons naturels, surtout dans un quartier déjà densément construit comme Westmount, où les alternatives sont limitées.
L’article met en garde contre une approche hâtive pour le réaménagement du Domaine Villa Maria, évoquant des projets de tours de condos dans un marché déjà saturé. Il rappelle que la démographie montréalaise est en baisse, avec une attractivité accrue pour les banlieues en raison des coûts et de la mobilité. Une densification excessive pourrait reproduire des erreurs passées, comme la construction des Tours Frontenac dans les années 1970, qui ont concentré des logements sociaux sur d’anciennes emprises industrielles sans répondre efficacement aux besoins complexes des personnes en situation d’itinérance. L’auteur souligne que résoudre un problème en en créant un autre plus complexe serait une erreur stratégique.
La Loi sur le patrimoine culturel du Québec impose au ministère de la Culture de veiller à la préservation des sites classés, comme le Domaine Villa Maria. La résidence James-Monk, classée en 1976, bénéficie d’une aire de protection qui interdit toute construction susceptible de l’isoler ou de la dégrader. L’article souligne que le classement ne suffit pas : il faut une politique d’ensemble pour encadrer le réaménagement des grands sites patrimoniaux de Montréal, tels que l’Hôtel-Dieu, le Domaine Saint-Sulpice ou l’îlot de la Miséricorde. Sans une vision cohérente, ces projets risquent de devenir des solutions bancales, privilégiant des intérêts à court terme au détriment de l’intérêt public et de la qualité de vie urbaine.
Pour éviter les erreurs du passé, l’article propose la création d’une cellule de coordination entre la Ville de Montréal, le ministère de la Culture et d’autres services publics. Cette instance aurait pour mission de définir des objectifs communs pour le réaménagement du Domaine Villa Maria, en s’appuyant sur une consultation publique. Parmi les pistes évoquées, un centre d’étude de la nature ou un projet intégrant le domaine dans un réseau d’espaces verts urbains est privilégié. L’objectif est de concevoir un développement harmonieux, respectueux du patrimoine et des besoins contemporains, tout en renforçant l’attractivité de Montréal comme ville équilibrée entre bâti et nature. La mairesse Soraya Martinez Ferrada est appelée à jouer un rôle central dans cette démarche.
Le Domaine Villa Maria s’inscrit dans l’histoire politique et sociale de Montréal, notamment comme l’un des sites emblématiques du Canada-Uni au XIXe siècle. Il est lié à des figures comme lord Elgin, gouverneur général, et au premier ministre Louis-Hippolyte Lafontaine, dont la résidence a été préservée en 1988 grâce à une mobilisation citoyenne. L’article suggère que le domaine pourrait être intégré dans un circuit historique plus large, incluant le Château Ramezay, la place D’Youville (où reposent les vestiges du parlement incendié) et d’autres sites patrimoniaux. Cette approche permettrait de valoriser un patrimoine unique en Amérique du Nord, tout en offrant aux citoyens un projet fédérateur et une source de fierté collective.

