Des centaines de veaux sous cloche avant l'abattoir : la bataille contre l'élevage intensif s'installe en Anjou
Un projet de ferme accueillant 560 veaux de boucherie secoue le Maine-et-Loire. L'opposition s'organise autour du village où l'installation est prévue, dénonçant un système maltraitant avec les animaux et l'environnement.
Dans le département de l’Anjou, une pratique d’élevage intensif de veaux, appelée clochage, est dénoncée par des associations écologistes. Cette méthode consiste à enfermer des centaines de veaux dans des cloches, des boxes individuels en plastique transparent ou en métal, avant leur abattage. Ces animaux, souvent âgés de seulement quelques semaines, sont ainsi maintenus dans un espace restreint, sans possibilité de mouvement ou d’interaction sociale, jusqu’à leur mort. Les images de ces veaux, souvent entassés et privés de lumière naturelle, ont suscité une vive émotion parmi les défenseurs du bien-être animal. Cette pratique, bien que légale en France, est de plus en plus critiquée pour son impact sur la santé mentale et physique des animaux.
L’élevage intensif en France, et notamment en Anjou, est une méthode de production animale visant à maximiser les rendements en un minimum de temps et d’espace. Dans ce système, les veaux sont souvent séparés de leur mère dès la naissance et placés dans des cloches pour éviter tout contact physique ou visuel avec d’autres animaux, une pratique qui limite les risques de maladies et facilite la gestion par les éleveurs. Les veaux sont nourris avec des aliments riches en protéines et en fer, afin d’accélérer leur prise de poids avant l’abattage, qui intervient généralement entre 5 et 6 mois. Cette méthode permet de produire de la viande rapidement et à moindre coût, mais elle soulève des questions éthiques et sanitaires.
Plusieurs associations, dont L214 et One Voice, ont dénoncé cette pratique en publiant des vidéos et des rapports documentant les conditions de vie des veaux en cloche. Ces organisations estiment que cette méthode cause un stress important aux animaux, qui manifestent des comportements anormaux comme des mouvements répétitifs ou des tentatives de fuite. Selon L214, plus de 2 millions de veaux sont élevés de cette manière chaque année en France. Les associations demandent l’interdiction de cette pratique, qu’elles considèrent comme une forme de maltraitance animale, et appellent à une réforme des normes d’élevage pour garantir le bien-être des animaux.
Les éleveurs et les professionnels du secteur de la viande défendent le clochage comme une méthode nécessaire pour répondre à la demande croissante en viande bovine et garantir la sécurité sanitaire des animaux. Ils soulignent que cette pratique permet de réduire les risques de transmission de maladies, comme la myopathie (une maladie musculaire fréquente chez les veaux), et d’optimiser l’alimentation des animaux. Cependant, certains éleveurs commencent à remettre en question cette méthode, notamment sous la pression des consommateurs et des associations. Le secteur reste divisé, mais des alternatives, comme l’élevage en groupe, commencent à émerger, bien qu’elles restent minoritaires.
En France, la réglementation sur le bien-être animal dans l’élevage est encadrée par le Code rural et les directives européennes. Cependant, les normes actuelles autorisent le clochage des veaux sous certaines conditions, comme l’accès à une alimentation adaptée et à un espace minimal. Des députés et des sénateurs ont récemment déposé des propositions de loi pour renforcer les protections des animaux d’élevage, mais ces textes peinent à aboutir en raison des résistances du secteur agricole. En Anjou, où cette pratique est particulièrement répandue, des élus locaux et des associations appellent à une révision des règles pour interdire le clochage et promouvoir des méthodes plus respectueuses du bien-être animal.
Les révélations sur les conditions d’élevage des veaux en *cloche* ont un impact sur les choix des consommateurs, de plus en plus sensibles aux questions de bien-être animal et d’éthique alimentaire. Une enquête de l’*IFOP* en 2023 révèle que 68 % des Français sont prêts à payer plus cher pour une viande issue d’élevages respectueux du bien-être animal. Cette prise de conscience pousse certains distributeurs et restaurateurs à s’engager dans des démarches de transparence, comme l’étiquetage des produits ou la certification *Bien-être animal*. Cependant, le prix reste un frein majeur pour une partie de la population, et le marché de la viande issue d’élevages alternatifs reste marginal.

