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Droit

« Faire vite sans moyens ne réglera pas les violences de genre » : l’Espagne, pays pionnier dans la lutte contre les violences sexuelles

Nouvel Obs : Droits des femmes · mis à jour 11 juin

Avec l’affaire Lyhanna, la question de la protection des enfants et des femmes victimes de violences revient dans le débat national. L’Espagne, qui a mis en place tout un dispositif et où les féminicides ont reculé de 35 % en vingt ans, est régulièrement citée comme modèle à suivre..

Contraste France-Espagne

En décembre 2023, le président français Emmanuel Macron défend publiquement Gérard Depardieu, acteur accusé de viols et agressions sexuelles, dans l’émission C à vous sur France 5. Au même moment, en Espagne, la ministre du Travail demande la démission de Luis Rubiales, président de la Fédération royale de Football espagnole (RFEF), après qu’il ait imposé un baiser forcé à Jenni Hermoso, joueuse de l’équipe nationale féminine. Ce contraste illustre une différence majeure dans la perception et la gestion des violences sexuelles et des atteintes aux femmes entre les deux pays. La France, où les accusations contre des personnalités influentes suscitent des débats publics, semble moins prompte à sanctionner rapidement les auteurs présumés. À l’inverse, l’Espagne, comme le montre cet exemple, agit avec une fermeté notable face aux violences faites aux femmes, même lorsqu’elles impliquent des figures publiques ou sportives.

Loi espagnole de 2004

L’Espagne est reconnue comme un pays pionnier dans la lutte contre les violences de genre grâce à une loi adoptée en 2004, spécifiquement conçue pour protéger les femmes victimes de violences conjugales. Cette loi, souvent citée comme un modèle international, a permis de structurer une réponse globale : création de tribunaux spécialisés, formation des professionnels (policiers, juges, médecins), et mise en place d’un système d’alerte rapide pour les victimes. Elle a aussi introduit des mesures préventives, comme des campagnes de sensibilisation et des protocoles d’urgence. Depuis son entrée en vigueur, l’Espagne a enregistré une baisse significative des féminicides, passant de 73 cas en 2003 à 43 en 2023, selon les données officielles. Cette loi s’inscrit dans une approche systémique, combinant répression, protection et prévention, ce qui la distingue des réponses plus ponctuelles ou symboliques observées dans d’autres pays.

Violences de genre en Espagne

Les violences de genre en Espagne désignent l’ensemble des violences physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques commises contre une personne en raison de son genre, majoritairement à l’encontre des femmes. Ces violences incluent les agressions conjugales, les harcèlements, les agressions sexuelles et les féminicides (meurtres de femmes parce qu’elles sont des femmes). En 2023, l’Espagne a recensé 43 féminicides, un chiffre en baisse par rapport aux années précédentes, mais qui reste préoccupant. Le pays a également mis en place un système de suivi des victimes : un fichier national recense les auteurs condamnés et les victimes, permettant une protection renforcée. En 2024, plus de 60 000 femmes bénéficiaient d’un ordre de protection (mesure judiciaire interdisant à l’agresseur de s’approcher de la victime), un dispositif clé de la loi de 2004.

Réponse rapide vs efficacité

L’article souligne que la rapidité d’action ne suffit pas à résoudre les violences de genre si elle n’est pas accompagnée de moyens structurels. En Espagne, les sanctions contre les auteurs présumés sont souvent immédiates, comme dans l’affaire Rubiales, mais cette réactivité s’appuie sur un cadre légal solide et des institutions dédiées. À l’inverse, des pays comme la France, où les débats publics peuvent retarder les décisions, montrent que des mesures symboliques ou improvisées ne suffisent pas. L’Espagne illustre ainsi l’importance d’une approche intégrée : lois protectrices, formation des acteurs, budgets dédiés et coordination entre les services (police, justice, santé, associations). Sans ces éléments, une réponse rapide peut rester superficielle et inefficace à long terme.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs institutions espagnoles jouent un rôle central dans la lutte contre les violences de genre. Le gouvernement, via le ministère de l’Égalité, coordonne les politiques publiques et alloue des budgets pour les associations d’aide aux victimes. Les *tribunaux spécialisés* (créés en 2005) traitent exclusivement ces affaires, avec des juges formés pour comprendre les enjeux spécifiques des violences conjugales. Les forces de l’ordre disposent de protocoles adaptés, comme le *système VioGén*, une base de données nationale qui suit les cas de violences et alerte en cas de danger. Enfin, les associations féministes, comme *Feministes contre les Violences*, participent à l’accompagnement des victimes et à la pression politique pour renforcer les lois. Cette coordination entre acteurs publics et privés est un pilier de l’efficacité espagnole.

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