La ville engloutie sous la boue
Dans le rétroviseur de Saturnome : découvrez l'histoire de la ville engloutie sous la boue en Roumanie..
En Roumanie, une équipe d’archéologues a mis au jour les vestiges d’une ville entière engloutie sous une épaisse couche de boue. Cette découverte, réalisée dans la région de Transylvanie, date du XVIIe siècle et a été rendue possible grâce à des techniques modernes de détection par imagerie satellite. La ville, dont le nom exact reste inconnu, aurait été habitée par plusieurs milliers de personnes avant d’être recouverte par un phénomène naturel brutal. Les chercheurs estiment que cet événement s’est produit entre 1620 et 1650, une période marquée par des hivers rigoureux et des inondations fréquentes dans cette région montagneuse. Les premières observations suggèrent que la boue, composée d’un mélange de terre, d’eau et de roches, s’est accumulée progressivement, rendant la ville inhabitables en quelques décennies.
Le phénomène qui a englouti la ville est lié à un glissement de terrain massif (ou coulée de boue), un processus naturel où une grande quantité de terre saturée d’eau se déplace rapidement sous l’effet de la gravité. Ce type d’événement est souvent déclenché par des pluies abondantes, la fonte des neiges ou des séismes. Dans le cas de cette ville roumaine, les chercheurs pensent qu’une combinaison de facteurs a joué un rôle : des précipitations exceptionnelles au printemps et en été, suivies d’un hiver particulièrement rigoureux, ont fragilisé les sols. La topographie accidentée de la Transylvanie, avec ses pentes abruptes, a ensuite favorisé la descente de la boue vers les zones habitées. Les archives locales mentionnent d’ailleurs des inondations dévastatrices dans cette période, mais aucune n’avait été associée à une disparition totale d’un village.
Les fouilles, menées par des équipes de l’Institut d’archéologie de Bucarest en collaboration avec des experts en géologie, ont révélé des structures en bois et en pierre partiellement conservées sous la boue. Les archéologues ont découvert des fondations de maisons, des outils artisanaux, des poteries et même des objets du quotidien comme des bijoux en métal ou des pièces de monnaie en argent. Ces artefacts, datés entre 1580 et 1640, indiquent que la ville était un centre commercial et artisanal prospère avant sa disparition. Les chercheurs ont également identifié des traces de cultures agricoles, suggérant que les habitants vivaient principalement de l’élevage et de la culture de céréales. L’analyse des pollens et des résidus organiques permettra de reconstituer le paysage végétal de l’époque.
Aucun squelette humain n’a encore été retrouvé, ce qui laisse penser que les habitants ont eu le temps d’évacuer la ville avant son engloutissement total. Les récits locaux, transmis oralement puis consignés au XIXe siècle, évoquent une *
Ce phénomène rappelle d’autres catastrophes naturelles ayant marqué l’histoire européenne, comme l’engloutissement du village de Plurs (Italie) en 1618, également causé par un glissement de terrain, ou la disparition de Rungholt (Allemagne) au XIVe siècle, engloutie par une tempête et une montée des eaux. Cependant, la découverte en Roumanie se distingue par l’état de conservation exceptionnel des vestiges, préservés sous la boue comme dans un congélateur naturel. Cette particularité offre aux scientifiques une opportunité unique d’étudier une société préindustrielle sans les altérations habituelles du temps. Les chercheurs soulignent que des sites similaires pourraient exister ailleurs en Europe, notamment dans les régions montagneuses des Carpates ou des Alpes.
Les travaux de fouille se poursuivent sur le site, avec pour objectif de cartographier l’ensemble de la ville engloutie à l’aide de drones équipés de capteurs LiDAR (*Light Detection and Ranging*), une technologie qui permet de percer la couche de boue sans la perturber. Les archéologues espèrent également retrouver des documents écrits, comme des registres paroissiaux ou des actes notariés, qui pourraient révéler le nom officiel de la ville et son histoire administrative. Parallèlement, des études géologiques sont en cours pour comprendre les mécanismes précis du glissement de terrain et évaluer les risques de récidive dans la région. Ces recherches pourraient aider à prévenir de futures catastrophes similaires dans des zones habitées.

