Au Népal, la détresse des proches des disparus : “Il n’y a plus rien à faire qu’espérer”
Six jours après la coulée de boue qui a tout détruit sur son passage dans le nord du Népal, un bilan – toujours provisoire – fait état de plus de 1 000 morts et 4 000 disparus. À l’hôpital de Katmandou, raconte la rédactrice en chef du “Nepali Times”, les proches des disparus scrutent les photos des corps, guettent des noms sur des listes et s’accrochent à de très minces espoirs..
Le 1er septembre 2026, une coulée de boue dévastatrice frappe le nord du Népal, causant plus de 1 000 morts et 4 000 disparus selon un bilan provisoire. Ce phénomène naturel, souvent lié à des pluies torrentielles ou à la fonte accélérée des glaciers en Himalaya, a tout détruit sur son passage. Les autorités locales et les médias locaux comme le Nepali Times, un journal indépendant de Katmandou, décrivent une situation humanitaire critique. Les survivants et les familles des victimes se retrouvent confrontés à une réalité brutale : peu d'espoir de retrouver des survivants parmi les disparus. Les opérations de secours sont compliquées par les risques persistants de nouvelles crues et les difficultés d'accès aux zones touchées, notamment en raison de l'isolement géographique de certaines régions montagneuses.
À l'hôpital universitaire de Katmandou, les proches des disparus errent sous la pluie, scrutant des listes de noms et des photos de corps en quête d'un signe de leurs êtres chers. Certains, résignés, préparent les obsèques, tandis que d'autres refusent encore d'abandonner tout espoir, malgré l'absurdité de la situation. Les familles doivent faire face à une attente insoutenable, entre déni et préparation au pire. Les témoignages recueillis par les journalistes révèlent une détresse profonde, amplifiée par l'absence de nouvelles concrètes. Une femme, Dil Kumari Masrangi Magar, affiche des photos de son beau-frère et de son neveu parmi des dizaines d'autres avis de recherche, espérant contre toute raison qu'un inconnu les reconnaîtra ou qu'une information émergera. Les survivants, eux-mêmes traumatisés, doivent aussi gérer l'intrusion des médias, certains refusant de parler par épuisement ou par peur de raviver leur douleur.
L'hôpital de Katmandou est devenu un lieu symbolique de cette tragédie. Les murs de l'établissement sont tapissés d'avis de recherche et de listes de noms, tandis que les familles tentent de rassembler des informations sur le sort de leurs proches. Les équipes médicales, débordées, doivent gérer à la fois les soins aux blessés et le soutien psychologique aux familles. Les corps, souvent méconnaissables en raison de la décomposition ou des blessures, posent des questions pratiques et émotionnelles complexes. Certains demandent comment préserver les dépouilles en attendant une identification, tandis que d'autres, désespérés, s'accrochent à l'idée que leurs proches pourraient encore être vivants. L'hôpital incarne ainsi le paradoxe entre la mort omniprésente et l'espoir tenace des familles.
Face à l'ampleur de la catastrophe, des tensions émergent entre les familles des victimes et les médias internationaux. Une femme a interpellé une équipe de journalistes en leur demandant : « Vos caméras nous rendront-elles nos familles ? », exprimant ainsi la colère et le sentiment d'intrusion ressentis par certains proches. D'autres, épuisés par les questions répétées des reporters, évitent tout contact avec la presse pour préserver leur intimité. Les survivants, quant à eux, sont souvent trop choqués pour partager leur récit, même si leur témoignage pourrait aider à comprendre l'ampleur de la catastrophe. Ces réactions illustrent la difficulté de couvrir une telle tragédie sans ajouter à la souffrance des personnes directement concernées.
L'article évoque également des critiques envers le gouvernement népalais, accusé de ne pas avoir su gérer efficacement la crise. Le *Nepali Times*, connu pour son indépendance éditoriale, souligne que les autorités « vivent dans le cloud » (c'est-à-dire qu'elles s'appuient sur des solutions théoriques ou technologiques) mais échouent sur le terrain. Cette expression fait référence à une gestion déconnectée des réalités locales, où les décisions prises en haut lieu ne correspondent pas aux besoins urgents des populations touchées. Les retards dans les secours et l'absence de coordination entre les différents acteurs locaux et internationaux aggravent la situation, laissant les familles livrées à elles-mêmes dans leur quête désespérée de réponses.

