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Environnement

La « conscription écologique » de LFI participe-t-elle à la militarisation en cours ?

Reporterre · mis à jour 23 sept.

D'une durée de 9 mois, pour les moins de 25 ans, rémunérée au Smic : avec sa « conscription écologique », La France insoumise propose qu'une « garde régionale » vienne aider lors d'incendie ou d'inondation. Une logique militaire qui peut étonner.

Proposition de LFI

La France Insoumise (LFI) propose la création d'une conscription écologique pour répondre à l'urgence climatique. Ce dispositif vise à mobiliser des citoyens volontaires ou désignés pour des missions environnementales, comme la rénovation énergétique, la protection des écosystèmes ou la gestion des déchets. LFI s'inspire de modèles existants, comme le Service National Universel (SNU), mais en recentrant les objectifs sur l'écologie. Le parti évoque un engagement de 12 à 18 mois, avec une rémunération symbolique, et une participation obligatoire pour les jeunes de 18 à 25 ans. Cette proposition s'inscrit dans un contexte où la France peine à atteindre ses objectifs climatiques, avec seulement 30 % des objectifs de réduction des émissions de CO2 remplis en 2023 selon le Haut Conseil pour le Climat.

Critique de la militarisation

Des observateurs, dont des chercheurs en sciences sociales et des militants écologistes, s'interrogent sur le risque de militarisation de la société que représenterait cette proposition. Ils soulignent que le vocabulaire employé par LFI, comme conscription ou service obligatoire, évoque des mécanismes traditionnellement associés à l'armée ou à la sécurité nationale. Par ailleurs, certains y voient une tentative de normalisation d'un état d'urgence écologique permanent, comparable à l'état d'urgence sécuritaire instauré après les attentats de 2015. Le terme militarisation renvoie ici à l'idée d'une société où les rapports sociaux seraient organisés de manière hiérarchisée et contraignante, avec une logique de discipline et d'obéissance.

Comparaison historique

Pour étayer leurs craintes, les critiques citent des exemples historiques où des dispositifs similaires ont été détournés de leur objectif initial. Ils mentionnent notamment le Service du Travail Obligatoire (STO) sous l'Occupation allemande, où des civils français ont été forcés de travailler pour l'effort de guerre allemand. Bien que LFI rejette toute comparaison avec ce régime, les opposants estiment que l'idée d'une mobilisation massive et obligatoire pourrait ouvrir la porte à des dérives. Ils rappellent aussi que des régimes autoritaires, comme la Chine avec ses camps de rééducation, ont utilisé des dispositifs de travail obligatoire sous couvert de missions collectives.

Réponse de LFI

Face aux critiques, LFI défend sa proposition en insistant sur son caractère volontaire et écologiste. Le parti précise que la conscription écologique ne serait pas obligatoire, mais ouverte à des volontaires, avec une indemnité de 500 € par mois pour les participants. LFI souligne que ce dispositif s'inscrit dans une logique de transition juste, où les citoyens seraient acteurs de la protection de l'environnement. Le parti cite des exemples étrangers, comme le Corps de la Paix aux États-Unis ou les Fridays for Future, pour montrer que des mobilisations citoyennes peuvent être efficaces sans recourir à la contrainte. Cependant, LFI ne précise pas comment serait garantie la liberté de choix des participants.

Débat sur l'efficacité

Le débat porte aussi sur l'efficacité réelle d'une telle mesure. Les partisans de la proposition estiment qu'une mobilisation massive de citoyens pourrait accélérer la transition écologique, en comblant le manque de main-d'œuvre dans des secteurs comme la rénovation thermique ou l'agriculture durable. Ils citent des études montrant que la France manque de 300 000 à 500 000 emplois dans le secteur de l'environnement pour atteindre ses objectifs climatiques. Cependant, des économistes et des écologistes sceptiques soulignent que des dispositifs contraignants pourraient générer des résistances et une baisse de motivation, comme ce fut le cas avec le Service National Universel (SNU), où seulement 80 % des jeunes ont participé en 2023.

Ce que ça pourrait changer

Cette proposition s'inscrit dans un contexte politique français marqué par une polarisation accrue sur les questions écologiques. LFI, qui défend une rupture radicale avec le modèle économique actuel, propose cette mesure dans le cadre de son programme pour les élections présidentielles de 2027. Le parti est soutenu par une partie de la jeunesse et des militants écologistes, mais critiqué par des écologistes modérés, comme Europe Écologie Les Verts (EELV), qui prônent des solutions plus graduelles. Le gouvernement actuel, dirigé par Emmanuel Macron, n'a pas encore réagi officiellement, mais des voix au sein de la majorité présidentielle ont déjà émis des réserves sur le caractère contraignant de la proposition.

Sujets complémentaires

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