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Culture

« Minotaure » d’Andreï Zviaguintsev : une tragédie majeure sur l’hypocrisie des puissants

Trois Couleurs · mis à jour il y a 3 j

Remake audacieux d’un des plus grands films de Claude Chabrol, "Minotaure" transpose l’austère sinuosité du cinéaste français dans la Russie contemporaine, mais se veut avant tout une dénonciation de l’hypocrisie des puissants de ce monde..

Remake d'un classique

Le film Minotaure du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev est un remake du film La Femme infidèle (1969) de Claude Chabrol, un cinéaste français célèbre pour ses critiques sociales. Zviaguintsev transpose l’intrigue dans la Russie contemporaine, tout en conservant la structure narrative et les thèmes originaux. Le titre Minotaure fait référence au monstre mythologique grec, symbole de dualité et de labyrinthe moral, ce qui annonce une exploration des contradictions humaines. Le film dure 2 heures et 15 minutes et est distribué par Les Films du Losange. La sortie en salles est prévue pour le 14 octobre, dans un contexte où Zviaguintsev, déjà primé pour Faute d’amour (2017), confirme son statut de réalisateur engagé.

Famille idéale en apparence

Le film met en scène un couple, Gleb et Galina, ainsi que leur fils adolescent, formant une famille présentée comme parfaite et harmonieuse. Leur maison, filmée comme un panoptique – un concept architectural où tout est visible depuis un point central, symbolisant la surveillance constante –, renforce cette image d’ordre et de contrôle. Cependant, cette apparente stabilité cache des tensions profondes. Gleb est un cadre supérieur chargé d’envoyer des salariés au front en Ukraine, tandis que Galina entretient une relation secrète avec un autre homme. Cette dualité entre l’image publique et la réalité privée illustre l’hypocrisie des puissants, un thème central du film.

Hypocrisie des dirigeants

Andreï Zviaguintsev utilise le contexte de la guerre en Ukraine pour ancrer son récit dans une réalité politique et sociale. Gleb, en tant que membre des élites dirigeantes, incarne l’hypocrisie des puissants : il impose des sacrifices aux plus vulnérables (pauvres, chômeurs, artistes) tout en préservant son propre confort et son image. Le film pose une question morale et politique : jusqu’où les dirigeants peuvent-ils aller pour préserver les apparences et leur position sociale ? Cette interrogation est renforcée par la structure du récit, où l’extérieur de la maison représente la vérité inavouable, tandis que l’intérieur symbolise le masque social. Le film devient ainsi une dénonciation frontale de l’indifférence des élites face aux sacrifices des autres.

Style visuel et symbolique

Le style visuel de Minotaure est marqué par une esthétique minimaliste et une tension constante, inspirée par le cinéma de Chabrol. Les plans sont souvent silencieux, réduits à leur essence, comme la scène finale où un couple s’enlace dans l’obscurité totale. Cette approche renforce l’idée d’un monde où les vérités sont cachées et où les apparences dominent. Le titre Minotaure évoque aussi le labyrinthe moral dans lequel évoluent les personnages, piégés par leurs propres mensonges et contradictions. Le film utilise ces symboles pour illustrer la déliquescence des valeurs et l’aliénation des individus dans une société où l’hypocrisie est systémique.

Ce que ça pourrait changer

*Minotaure* est sorti en salles le 14 octobre, après une première diffusion critique le 12 octobre 2026. Le film est produit par Les Films du Losange, une société de production française connue pour soutenir des œuvres cinématographiques exigeantes. Andreï Zviaguintsev, réalisateur russe déjà reconnu pour *Faute d’amour* (2017), confirme avec ce film son engagement à explorer les dysfonctionnements sociaux et politiques à travers des récits familiaux. La sortie coïncide avec une période où la guerre en Ukraine reste un sujet de préoccupation majeure, ce qui donne une résonance particulière à la critique sociale du film.

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