À Tulle, la mémoire de la résistance en péril
Le 9 juin 1944, les SS de la division Das Reich pendent à Tulle. 99 hommes.
Le 9 juin 1944, la ville de Tulle, préfecture de la Corrèze, devient le théâtre d’un massacre perpétré par la division SS Das Reich, une unité militaire allemande de la Seconde Guerre mondiale. En quelques heures, 99 hommes sont pendus par les soldats nazis, et 149 autres sont déportés vers des camps de concentration. Ce drame transforme Tulle, jusqu’alors un bastion de la Résistance française, en une ville symboliquement marquée par la barbarie nazie. Le massacre s’inscrit dans une série d’exactions commises par cette division, qui commettra ensuite le même jour les atrocités d’Oradour-sur-Glane, où 642 civils seront assassinés. Ces événements illustrent la violence extrême exercée par l’occupant allemand en France durant les derniers mois de l’Occupation.
En juin 1944, la France est sous occupation allemande depuis près de quatre ans. La Résistance, mouvement de lutte contre l’occupant, est particulièrement active dans la région de Tulle, où les maquisards (combattants clandestins) mènent des actions de sabotage et de guérilla. La division SS Das Reich, stationnée en Allemagne, est envoyée en France pour écraser les mouvements de résistance. Son passage à Tulle s’inscrit dans une stratégie de répression brutale : après avoir subi des attaques de la Résistance, les nazis décident de punir la ville en exécutant des otages et en déportant des habitants. Ce massacre s’ajoute à d’autres crimes de guerre commis par cette unité, comme celui d’Oradour-sur-Glane le lendemain, où des civils sont brûlés vifs dans une église.
Soixante-dix ans après ces événements, la mémoire du massacre de Tulle risque de s’effacer. Les derniers témoins et survivants disparaissent, et les archives ne suffisent plus à transmettre cette histoire. Les intervenants de l’émission, Maylis Besserie (romancière) et Fabrice Grenard (historien), soulignent l’urgence de préserver ce récit face à la montée de l’extrême droite en Europe. Ils rappellent que ces faits, bien que moins médiatisés que d’autres crimes nazis, sont essentiels pour comprendre la violence de l’Occupation et la résistance française. La transmission de cette mémoire devient d’autant plus cruciale que certains mouvements politiques minimisent ou nient ces pages sombres de l’Histoire.
Fabrice Grenard, directeur scientifique de la Fondation de la Résistance, joue un rôle clé dans la préservation de cette mémoire. Son travail consiste à archiver les témoignages, analyser les documents et publier des recherches pour éclairer ces événements méconnus. Il explique que les massacres comme celui de Tulle ont souvent été éclipsés par des récits plus médiatisés, comme celui d’Oradour-sur-Glane. Pourtant, ces événements sont tout aussi importants pour comprendre la stratégie de terreur mise en place par les nazis en France. Les historiens s’appuient sur des archives, des fouilles et des entretiens pour reconstituer les faits et sensibiliser le public.
La disparition des derniers survivants et la montée des discours révisionnistes en Europe rendent la transmission de cette mémoire encore plus urgente. Maylis Besserie, autrice de romans historiques, souligne que la fiction peut aussi servir à raconter ces histoires et à toucher un public plus large. Elle rappelle que ces événements ne sont pas de simples faits du passé, mais des leçons pour aujourd’hui. En effet, la montée de l’extrême droite et les tentatives de réhabilitation de la collaboration posent la question de la vigilance face à la désinformation et à l’oubli. La mémoire de Tulle devient ainsi un symbole de la nécessité de se souvenir pour éviter que l’Histoire ne se répète.

