“Naza”, le film que presque personne n’a vu et qui déchire déjà Israël
Récompensé à la Mostra de Venise, le documentaire des Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor donne la parole à 24 soldats et membres du renseignement sur les méthodes de l’armée israélienne à Gaza. Alors que le film n’a pas encore été projeté en Israël, responsables politiques et militaires dénoncent des “mensonges”, et une vaste contre-offensive se prépare..
Le documentaire Naza, réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, a remporté le 12 septembre 2026 le Prix spécial du jury à la 83ᵉ Mostra de Venise, l’un des festivals de cinéma les plus prestigieux au monde. Ce film s’inscrit dans la lignée des précédents travaux des réalisateurs, comme No Other Land, qui avait obtenu l’Oscar du meilleur documentaire en 2025. Naza est un documentaire qui donne la parole à 24 soldats et membres des services de renseignement israéliens, tous anonymes. Ces témoignages visent à révéler les méthodes utilisées par l’armée israélienne (Tsahal) lors de la guerre à Gaza, notamment en matière de ciblage de civils.
En hébreu, Naza est l’acronyme de nezek agavi, qui signifie littéralement dommage collatéral. Ce terme désigne le nombre estimé de civils qui pourraient être tués lors d’une frappe militaire ciblant un objectif terroriste ou militaire. Le film utilise ce concept comme titre pour dénoncer, selon ses réalisateurs, une pratique systématique de l’armée israélienne à Gaza. Les témoignages recueillis décrivent des méthodes controversées, comme l’utilisation de l’intelligence artificielle pour identifier des cibles, la surveillance des téléphones portables des habitants, ou encore des frappes visant des membres présumés du Hamas à leur domicile, avec le risque de tuer également leurs familles.
Les réalisateurs de Naza affirment que leur documentaire révèle des pratiques permettant la mort massive de civils à Gaza. Parmi les méthodes évoquées, figurent l’utilisation de l’intelligence artificielle pour sélectionner des cibles, la surveillance des communications téléphoniques des habitants, et des frappes aériennes ciblant des habitations où se trouveraient des membres du Hamas, au risque de tuer des familles entières. Tsahal, l’armée israélienne, a rejeté catégoriquement ces accusations, notamment celle selon laquelle une frappe aurait été planifiée alors que la mort de 500 civils était anticipée. Le ministère des Affaires étrangères israélien et le porte-parole de Tsahal ont également dénoncé des mensonges flagrants dans le film.
Le documentaire a immédiatement déclenché une vive polémique en Israël. Les responsables politiques et militaires ont vivement critiqué Naza, accusant les réalisateurs de diffuser des informations fausses ou exagérées. Selon le quotidien israélien Yediot Aharonot, une vaste contre-offensive médiatique et politique est en préparation pour discréditer le film avant même sa diffusion en Israël. Cette réaction s’inscrit dans un contexte de tensions extrêmes autour de la guerre à Gaza, où les questions de respect du droit international humanitaire et des droits des civils sont au cœur des débats internationaux.
Malgré le prix prestigieux remporté à Venise et l’écho médiatique international, *Naza* n’a pas encore été projeté en Israël. Les réalisateurs et leurs équipes préparent une sortie en salles, mais celle-ci pourrait être retardée ou compliquée par les réactions hostiles des autorités et de l’opinion publique. Le film, qui repose sur des témoignages anonymes, risque de ne pas être diffusé librement dans le pays, où les débats sur la guerre à Gaza sont particulièrement sensibles. Cette situation illustre les tensions autour de la liberté d’expression et de la critique des actions militaires en Israël.

