“Le cynisme et le double discours” du rapprochement entre Chypre et Israël
Le rapprochement entre Nicosie et Tel-Aviv s’inscrit à rebours des mesures prises par de grandes chancelleries européennes, et suscite un certain mécontentement à Chypre. Dans la presse locale, on souligne le paradoxe d’un pays qui dénonce l’occupation de sa partie nord au nom du droit international, tout en étant l’allié d’un État sanctionné pour sa colonisation en Cisjordanie..
En septembre 2026, Chypre et Israël renforcent leur coopération politique et économique, malgré un contexte international marqué par des tensions. Le président israélien Isaac Herzog s’est rendu à Nicosie le 10 septembre 2026 pour des discussions officielles avec son homologue chypriote Nikos Christodoulides. Ce rapprochement s’inscrit en opposition aux positions adoptées par plusieurs pays européens, qui multiplient les sanctions contre Israël en raison de sa politique de colonisation en Cisjordanie. Par exemple, douze États, dont onze en Europe, ont récemment annoncé des mesures punitives contre les colonies israéliennes en Cisjordanie, reflétant une tendance générale à l’isolement diplomatique d’Israël. À Chypre, cette alliance surprend, car elle contraste avec les valeurs affichées par Nicosie en matière de droit international.
Chypre est un pays qui se revendique comme un défenseur strict du droit international, notamment depuis l’occupation illégale de sa partie nord par la Turquie en 1974. Le gouvernement chypriote dénonce régulièrement cette occupation devant les instances internationales, comme l’ONU, et exige le respect des résolutions onusiennes. Pourtant, ce même gouvernement choisit de se rapprocher d’Israël, un État sanctionné pour sa politique de colonisation en Cisjordanie, jugée illégale par une grande partie de la communauté internationale. Cette situation crée une contradiction apparente, où Chypre applique des principes différents selon les contextes géopolitiques. Les médias locaux, comme le quotidien Politis, soulignent ce « double discours » et parlent de « cynisme » dans la politique étrangère chypriote.
À Chypre, cette alliance avec Israël suscite des critiques au sein de la population et des médias. Le quotidien Politis résume cette opposition en soulignant que Nicosie envoie un « message diamétralement opposé » à celui de nombreux pays occidentaux, qui cherchent à alourdir le coût politique et économique de la politique israélienne en Cisjordanie. Les observateurs locaux y voient une incohérence entre les principes affichés par Chypre et ses actions concrètes. Cette situation est d’autant plus notable que Chypre se présente comme un acteur engagé pour la justice internationale, notamment dans le conflit qui l’oppose à la Turquie. Le rapprochement avec Israël est donc perçu comme une exception controversée dans la politique étrangère chypriote.
Le rapprochement entre Chypre et Israël s’inscrit dans un contexte régional complexe. Chypre, membre de l’Union européenne, cherche à diversifier ses alliances pour renforcer sa position face à la Turquie, qui occupe toujours le nord de l’île. Israël, de son côté, voit dans cette coopération un moyen de contourner son isolement diplomatique croissant en Europe et dans le monde. Les deux pays partagent des intérêts communs, notamment dans les domaines énergétique et sécuritaire. Cependant, cette alliance soulève des questions sur la cohérence des politiques étrangères, surtout lorsque des principes fondamentaux comme le respect du droit international semblent appliqués de manière sélective.

