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Droit

Haïti intensifie la lutte contre les gangs dans la capitale, mais la violence gagne du terrain ailleurs

ONU : Droits humains · mis à jour il y a 5 j

Les tueries ont commencé dimanche soir à Kenscoff, lorsque des hommes armés ont fait irruption dans cette commune agricole située sur les hauteurs de la capitale haïtienne, incendiant des maisons et s’en prenant aux habitants. Lundi, des corps jonchaient les rues tandis que des survivants recherchaient leurs proches disparus..

Violence en hausse

Entre avril et juin 2026, Haïti a enregistré au moins 1 408 morts et 656 blessés, selon le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH). Bien que cela représente une baisse de 14 % par rapport aux trois premiers mois de l’année, cette diminution globale masque une réalité contrastée selon les régions. Plus de la moitié des victimes sont attribuées aux gangs, 40 % aux opérations anti-gang des forces de sécurité et 5 % à des groupes d’autodéfense ou à des actes de justice populaire. La violence s’étend désormais au-delà de la capitale, Port-au-Prince, touchant des zones autrefois relativement épargnées comme la Plaine du Cul-de-Sac ou l’Artibonite. Les gangs y multiplient les attaques pour contrôler des territoires stratégiques, notamment des axes routiers et des ports, afin d’étendre leur emprise et leurs revenus illicites. Ces chiffres illustrent l’intensité des conflits et l’effondrement progressif de la sécurité dans le pays.

Gangs hors de contrôle

Les gangs haïtiens étendent leur influence au-delà de Port-au-Prince, ciblant des régions comme l’Artibonite, dans le Nord-Ouest, ou le Sud, autour de la ville de Séguin. Dans ces zones, ils attaquent des villages, tuent des habitants dans leurs maisons ou des agriculteurs dans leurs champs, et cherchent à contrôler les routes menant à des ports comme celui de Marigot. À Port-au-Prince, des affrontements entre gangs rivaux dans des quartiers comme Cité Soleil ou la Plaine du Cul-de-Sac ont fait 463 morts et provoqué le déplacement de plus de 18 000 personnes. Ces violences ont aussi suspendu les services de santé et d’éducation. Les opérations de sécurité menées dans la capitale semblent avoir déplacé une partie de cette violence vers ces régions, où les gangs se livrent une guerre sans merci pour le contrôle de territoires et de ressources.

Violences sexuelles comme arme

Le rapport du BINUH révèle que les violences sexuelles sont devenues une arme de terreur utilisée par les gangs. Au moins 796 victimes de viols liés aux gangs ont été recensées entre avril et juin 2026, mais ce chiffre est probablement sous-estimé en raison de la peur des représailles, de la stigmatisation ou du manque de confiance dans les institutions. Dans les zones disputées, les gangs violent des femmes pour punir ou terroriser les populations locales, parfois devant leurs enfants. Leurs maisons sont ensuite pillées et incendiées. Ces actes s’ajoutent aux enlèvements contre rançon, qui ont fortement augmenté avec 81 cas recensés au cours du trimestre. Ces violences illustrent l’effondrement total de la protection des civils en Haïti.

Riposte risquée

Les autorités haïtiennes intensifient leurs opérations contre les gangs, mais ces actions font aussi des victimes parmi les civils. Plus de 800 personnes ont été tuées ou blessées lors d’opérations de sécurité au cours du trimestre, dont 95 n’avaient aucun lien avec les gangs. Parmi les méthodes utilisées, des drones explosifs ont causé la mort ou des blessures à neuf civils, dont six enfants. Le BINUH souligne que les autorités n’ont ouvert aucune enquête sur ces incidents. Une force spéciale, composée de policiers haïtiens et de membres d’une société militaire privée étrangère, est impliquée dans ces opérations. Ces méthodes risquées montrent que la lutte contre les gangs met aussi en danger les populations civiles, déjà fortement touchées par la crise.

Crise humanitaire aggravée

La violence persistante a provoqué une crise humanitaire majeure en Haïti. En mai 2026, près de 1,47 million de personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, dont plus de la moitié étaient des enfants. Les attaques récentes, comme celle de Kenscoff, une commune située sur les hauteurs de Port-au-Prince, montrent que la situation reste volatile. Les gangs multiplient les incursions dans des zones autrefois épargnées, tandis que les opérations de sécurité peinent à contenir leur expansion. La Force de répression des gangs (FRG), soutenue par l’ONU et censée renforcer la police haïtienne, n’est pas encore entièrement déployée. Cette situation aggrave la précarité des populations, privées d’accès aux services essentiels comme la santé ou l’éducation.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’escalade de la violence, Haïti et ses partenaires internationaux misent sur un renforcement de la présence sécuritaire. La **FRG** (Force de répression des gangs), créée avec le soutien de l’ONU, devrait compléter les efforts de la police haïtienne, mais son déploiement reste incomplet. Le Secrétaire général des Nations Unies a condamné les attaques les plus meurtrières, comme celle de Kenscoff, qui a fait au moins 47 morts et 22 blessés. Cependant, les violences recensées par le BINUH montrent que la solution ne se limite pas à reprendre des quartiers de Port-au-Prince. Les gangs s’adaptent, cherchent de nouveaux territoires et de nouvelles sources de revenus, tandis que les méthodes utilisées contre eux exposent davantage les civils aux risques.

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