L'Allemagne s'attaque aux réseaux de passeurs qui utilisent de petites embarcations
Berlin a mené ses premières opérations de perquisition dans le cadre d'une nouvelle loi adoptée en décembre. Cette dernière vise à lutter contre les passeurs qui utilisent le pays comme point de transit avant les traversées dans la Manche..
Au printemps 2026, les polices du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne ont mené une opération coordonnée en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, une région de l’ouest de l’Allemagne. Cette opération a permis la saisie de matériel destiné à des traversées illégales de la Manche. Les autorités ont récupéré plus de 9 000 gilets de sauvetage, des dizaines de canots pneumatiques, 360 pompes ainsi que des moteurs. Ce matériel, désormais stocké dans un lieu secret, aurait pu servir à transporter plus de 2 000 migrants vers le Royaume-Uni. Les canots pneumatiques mesurent environ 9 mètres de long et, selon les estimations, chacun aurait pu accueillir jusqu’à 65 personnes. Cette saisie marque la première application d’une nouvelle loi allemande, entrée en vigueur en décembre 2025, qui criminalise explicitement la facilitation du trafic de migrants vers le Royaume-Uni, un pays désormais hors de l’espace de libre circulation de l’Union européenne (espace Schengen) depuis le Brexit.
Les réseaux de passeurs, souvent organisés en gangs, adaptent leurs méthodes pour contourner les contrôles renforcés. Selon l’Observatoire des migrations d’Oxford, l’augmentation du nombre de migrants par embarcation s’expliquerait par une stratégie des passeurs pour maximiser leurs profits malgré les perturbations de leurs filières d’approvisionnement. Par exemple, des méga-canots plus grands que la moyenne ont été observés, capables de transporter davantage de personnes. Les équipements saisis, comme les gilets de sauvetage ou les canots, proviennent souvent d’Asie et transitent par la Turquie avant d’être acheminés vers l’Europe. Récemment, des douaniers ont intercepté 20 canots pneumatiques non déclarés, dissimulés dans un camion à la frontière turco-bulgare, en direction de l’Allemagne. Ces réseaux criminels, notamment des groupes kurdes, exploitent l’ouest de l’Allemagne comme une plateforme logistique pour organiser ces traversées illégales.
Les enquêteurs britanniques et allemands estiment que des réseaux criminels kurdes jouent un rôle central dans l’organisation de ces traversées illégales depuis l’Allemagne. Ces gangs opèrent souvent depuis ce pays, car une partie de leurs membres y résident légalement. Leur mode opératoire repose sur l’utilisation de garages ou d’entrepôts situés dans l’ouest de l’Allemagne pour stocker le matériel avant de le transporter vers le nord de la France, d’où les départs vers le Royaume-Uni sont organisés. Les équipements, comme les canots ou les gilets de sauvetage, sont souvent achetés en masse et stockés en attendant leur utilisation. Les gilets de sauvetage saisis, par exemple, sont emballés dans du plastique et portent des étiquettes en chinois, confirmant leur origine asiatique. Leur qualité est souvent médiocre, comme en témoigne l’utilisation de mousse de polyuréthane dans les housses, un matériau inadapté aux eaux agitées de la Manche.
Avant décembre 2025, les lois allemandes contre le trafic de migrants ne s’appliquaient qu’aux pays de l’espace Schengen, excluant ainsi le Royaume-Uni après le Brexit. La nouvelle législation adoptée par Berlin en décembre 2025 élargit donc le champ d’application de ces lois pour couvrir explicitement les traversées vers le Royaume-Uni. Cette mesure vise à renforcer la lutte contre les réseaux criminels qui organisent ces voyages dangereux. Les perquisitions menées au printemps 2026 constituent la première application concrète de cette loi. Le matériel saisi, comme les canots dégonflés et emballés dans des cartons, est conservé en l’état pour servir de preuves dans les procédures judiciaires. Cette approche s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Allemagne pour lutter contre l’immigration clandestine et démanteler les filières criminelles.
Malgré ces saisies, les autorités reconnaissent que les réseaux de passeurs restent très actifs et s’adaptent rapidement aux nouvelles contraintes. Les **gangs** continuent de trouver des moyens pour contourner les contrôles, comme l’utilisation de canots plus grands ou de matériel moins cher et moins fiable. Les **gilets de sauvetage** saisis, par exemple, sont souvent de mauvaise qualité et ne répondent pas aux normes de sécurité nécessaires pour une traversée de la Manche. De plus, la **Manche**, l’une des voies maritimes les plus fréquentées au monde, présente des risques majeurs pour les migrants, comme en témoignent les **27 morts** enregistrés en 2024 lors de naufrages. Les autorités soulignent que ces opérations, bien que nécessaires, ne suffisent pas à elles seules à résoudre le problème de l’immigration clandestine, qui nécessite une approche internationale et coordonnée.

